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Homélie pour la profession de Sr Gaud

Bruxelles – Etterbeek

"Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie"

Comblés ! Sr Gaud est comblée ! Et nous aussi ! Mais quelle est la cause de notre joie ?
Sortons de ce beau passage de S. Jean les sept perles du collier de notre joie. 
  1. (v.12) "Ce que je vous commande…" : il y a un commandement de l’amour. C’est très fort, et tout à fait paradoxal. L’amour est l’acte le plus libre qui soit. Comment donc pourrait-il se commander ? Si Jésus commande, c’est pour dire : on choisit d’aimer, mais c’est le seul chemin de bonheur. Pour être heureux, prenez le chemin de l’amour. Jésus pourrait difficilement commander autre chose ! Il veut notre bien. "Je vous commande, je vous recommande d’aimer". Aujourd’hui, Sr Gaud répond à l’appel du Seigneur : c’est sa façon de répondre à ce commandement. Répondre librement, joyeusement, audacieusement. Elle veut faire confiance à celui qui nous adresse ce commandement.
  2. (v.12) "Aimez-vous comme je vous ai aimés". C’est exigeant d’aimer. Parce qu’aimer s’inscrit dans la durée. Nous célébrons des vœux perpétuels ! C’est pour toujours. Et toujours dure longtemps. Alors, immanquablement, parfois surgira la question : suis-je donc devenu incapable d’aimer ? Cela semble si creux, insipide… est-ce que j’aurais été victime d’une illusion ? Jésus vient alors rappeler la source : elle n’est pas en nous. Elle est en dehors de nous, elle est en Christ, en son amour inconditionnel. C’est parce que nous sommes tant aimés de lui que nous devenons et que nous redevenons capables d’aimer. Comme il nous a aimé : pas une fois, pas au début, mais toujours. Alors, quand l’amour devient exigeant, il nous faut remonter à la source, il faut regarder le Christ et nous laisser aimer par lui.
  3. (v.13) "Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie". L’amour devient réalité, il prend corps dans le don de la vie. Il n’y pas d’amour sans don, sans don de soi, sans dessaisissement. Sans perte. Voilà une dimension coûteuse de l’amour, si difficile à admettre. Mais pourtant vitale. Ne pas mettre sa propre vie au centre, mais celle de l’autre, de la personne aimée. Vivre dans une grande gratuité vis-à-vis de l’autre, c’est-à-dire sans compter. Et donc beaucoup pardonner. Dieu sait si dans la vie communautaire, il y a lieu de pardonner… Donner (sa) vie, cela se fait à l’occasion par des gestes forts, qui ne passent pas inaperçus, comme aujourd’hui. Mais cela passe surtout par des gestes humbles, discrets, par l’attention aux autres pour ce qu’ils sont. Cela passe par la célébration du quotidien, par le regard bienveillant et le respect du jardin intérieur de l’autre. Donner (sa) vie, cela implique aussi parfois bien du courage.
  4. (v.14) "Vous êtes mes amis" : l’amour sous le regard de Dieu comporte un corollaire. Quand on aime, on entre dans une relation d’amitié profonde avec Jésus. Jésus, lui qui nous fait connaître l’amour du Père, nous propose son amitié. C’est si beau de voir comment nos pauvres tentatives d’aimer sont comme portées par ce lien d’amitié avec Jésus. Quand l’amour est joyeux, lumineux, alors notre ami se réjouit avec nous. Et quand l’amour se cherche, quand on n’y voit pas très clair, il y a l’ami qui attend, l’ami qui soutient, l’ami fidèle qui s’appelle Jésus. L’ami.
  5. (v.16) "C’est moi qui vous ai choisis et institués" : en filigrane des choix que je fais, il y a le choix de Dieu. A la source, c’est nous qui avons été choisis. Pourquoi Sr Gaud ? Pourquoi moi ? Il y a une réponse à cette question... mais je ne la connais pas. Il y a une réponse : elle est inscrite dans le cœur de Dieu. Cachée. Donc, l’essentiel n’est pas dans de connaître le pourquoi Sr Gaud a été choisie, pourquoi nous avons été choisis. L’essentiel est de savoir qu’il y a ce choix : un lien unique, tout à fait personnel. Et au fil des ans, il y a à prendre conscience de ce choix de Dieu, et à continuer à l’accepter. Le choix de Dieu n’est jamais un privilège, mais il est toujours une mission. Nous te rendons grâce, Seigneur, car tu nous as choisis… pour servir en ta présence. "Je vous ai mis à cette place" : je vous choisis, dit Jésus, pour vous confier une mission.
  6. (v.16) Quelle est cette mission ? Oh, il n’y a pas de définition précise. Cela incombe aux supérieures de Sr Gaud. Mais l’essentiel de la mission est là : "Pour que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure" : c’est le mystère inouï de la fécondité du oui. De la confiance en la parole du Seigneur. Même quand cette parole est parfois blessée ou trahie. La fidélité au oui échangé avec le Seigneur porte du fruit ; elle est féconde. La fidélité n’est jamais stérile ! Jamais ! Les fruits sont parfois mystérieux, comme quand en apparence il y a l’échec, mais les fruits sont là. D’autres les goûtent, d’autres en sont nourris
  7. (v.16) "Tout ce que vous demanderez" : étrange conclusion ! Jésus place la prière au centre de la façon de vivre le commandement de l’amour. C’est à première vue assez paradoxal que Jésus parle de la prière ici. Et pourtant… demandez : il sait bien qu’il y a des jours où il nous faut quémander. Les jours où l’amour ressemble à une boîte vide ou à une fleur desséchée ou à un arbre qui pousse un peu « scheef ». Demandez : ceux qui veulent aimer, en entendant l’appel et en recevant la mission du Seigneur, peuvent aussi lui demander. Demander de quoi répondre à cet appel.
Voilà donc sept perles, en enfiler pour le collier de notre joie, qui est la joie du Seigneur :
    • Quand Jésus commande de s’aimer, c’est parce qu’il pourrait difficilement commander autre chose.
    • L’amour nous conduit à en (re)connaître la source, qui est en dehors de nous, elle est en Christ. Alors, il nous faut souvent remonter à la source, il faut regarder le Christ et nous laisser aimer par lui.
    • L’amour appelle au don de soi, au dessaisissement, au lâcher-prise.
    • L’amour nous fait entrer en amitié, nous fait rencontrer l’ami fidèle qui s’appelle Jésus.
    • L’amour nous rend conscient d’être choisis par Dieu, et nous acceptons ce choix comme une mission.
    • L’amour est fécond. Il engendre la confiance et donc la fidélité : deux mots qui ont la même racine. Cette fidélité n’est jamais stérile ! Les fruits sont là.
    • L’amour immanquablement fait rejaillir cette confiance en prière.
 Qu’il en soit ainsi : pour que notre joie soit parfaite ! (v.11)
 Amen.
 
+ Jean Kockerols
10 mars 2012 

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