Faire la vérité sur nos désirs

(II)

Jacques et Jean s’approchent de Jésus avec un désir : "Nous voudrions que tu exauces notre demande". La demande n’est pas encore formulée. La démarche elle-même est une démarche de foi et de prière que ne devrait pas récuser Jésus, puisque peu auparavant il a encouragé à demander avec foi (9,23-29)

"Que voulez-vous que je fasse pour vous ?" Telle est sa question, la même qu’il posera à l’aveugle Bartimée dans le récit qui suit ce passage (10,51).

Invités à formuler leur désir les deux disciples dévoilent ce qui habite leur cœur : siéger à sa droite et à sa gauche dans sa gloire - un désir de promotion, de prestige et de pouvoir. Ils semblent ne pas avoir entendu ce que Jésus vient juste de leur dire : le Fils de l’Homme va être livré et tué. Marc nous a dit à propos de cette troisième annonce de la Passion que les disciples ont peur (10,32). Cette peur leur fait "effacer" l’information et se réfugier dans leur rêve de Messianisme triomphant.
Jésus dévoile cet aveuglement : "Vous ne savez pas ce que vous demandez". Marc nous dira dans le récit de la Passion que les places à droite et à gauche de Jésus seront celles de crucifiés !

Et de nouveau il s’adresse à eux comme un patient accompagnateur pour leur faire réaliser ce qu’ils demandent en vérité : il s’agit de participer à sa coupe et à son baptême - deux symboles de sa Passion. « Nous le pouvons » disent-ils : réponse un peu rapide et hardie ! On peut facilement ironiser ici : ils sont encore dans leur illusion... Cependant la réponse de Jésus n’est pas ironique mais prophétique et consolante : oui, leur demande en fin de compte sera exaucée. Comme si, au-delà de l’immaturité de la foi et de l’amour de Jacques et Jean, Jésus voyait la plénitude à laquelle plus tard ils parviendront, fortifiés par sa Passion-Résurrection et le don de l’Esprit.

C’est alors que Marc, qui semble souvent prendre un malin plaisir à montrer l’humaine faiblesse des apôtres, fait intervenir les dix autres : ils sont furieux. Ici encore dans leur colère se dévoilent leurs désirs cachés, peut-être même à leurs propres yeux...sans doute convoitaient-ils les mêmes places mais ils n’avaient pas eu le toupet de les demander ouvertement ! La jalousie peut être bonne conseillère quand nous consentons à regarder sa source.

L’enseignement que donne Jésus dans les derniers versets de ce texte est la seule réponse qu’il peut donner à notre désir avoué ou inavoué de pouvoir et de prestige. Cela, dit-il, est la logique du monde, mais « parmi vous », dans votre communauté il ne peut en être ainsi, car vous êtes disciples de Celui qui a choisi de devenir l’esclave de tous et de donner sa vie.

L’évangile de se dimanche nous invite donc à faire la vérité sur nos désirs, en particulier ceux qui s’expriment dans nos jalousies et nos colères. Notre prière peut être de nous approcher de Jésus comme Jacques et Jean, et d’oser écouter notre cœur avec le même a priori de bienveillance que Jésus, lui dont le regard ne nous condamne pas mais toujours nous espère. Oser lui dire ce qui nous meut et puis écouter son désir à lui, ce qui le meut, cet amour qui lui fait choisir la dernière place, comme aimait le dire Charles de Foucault. Que son désir peu à peu purifie les nôtres. Que nos familles et nos communautés deviennent des lieux où le pouvoir est vécu comme un humble service.

Sr Bénédicte Rollin, RA
Province d’Europe du Nord - Vilnius

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