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Dimanche de la Sainte Famille - Sr Sophie Ramond

Année liturgique 2017-2018 [B]


La liturgie invite en ce dimanche à célébrer dans sa réalité concrète le mystère de Dieu fait homme et à entrer dans la contemplation de la Sainte Famille. Les textes pourtant déroutent, car non seulement ils ne présentent pas des familles idéales mais parlent avant tout d’épreuves.


En effet, la première lecture s’ouvre par le constat amer d’un Abraham privé d’enfant et dès lors incapable de discerner et recevoir les dons de Dieu : "mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant…". L’épreuve est douloureuse. Dieu ne semble pas tenir ses promesses. Abraham mourra sans descendance, son nom s’éteindra et son héritage sortira de sa lignée. Quel don de Dieu ne serait pas dérisoire pour une vie vouée à s’éteindre et à sombrer dans l’oubli ? Dieu toutefois renouvelle sa promesse et l’accompagne d’un signe : le nombre incalculable des étoiles symbolise l’incroyable fécondité à venir du patriarche. Et Abraham choisit encore une fois de faire confiance. En un raccourci saisissant le récit raconte l’accomplissement de la promesse divine et la naissance du fils tant désiré. Une petite indication du texte devrait ici attirer notre attention : Sara enfante « à la date que Dieu avait fixée ». Pourquoi fallait-il donc que Dieu retarde le moment de réaliser sa promesse et de combler l’attente d’Abraham ? Peut-être pour qu’Abraham ait le temps de prendre la mesure du don de Dieu… Peut-être pour qu’il ne s’attache pas de manière possessive à ce fils tant désiré… Peut-être pour qu’il grandisse dans la foi et la confiance… Le psaume qui suit invite, en tout cas, à entrer dans le mouvement de la louange qui reconnaît que Dieu est Dieu, qui rend grâce pour tous les bienfaits reçus, qui s’élève comme rempart face au doute et à la peur.


L’homélie de la lettre aux Hébreux retiendra de l’histoire d’Abraham et de Sara la foi qui fut la leur. Elle commençait par ces mots : "la foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas". Mais la foi n’est pas confortable : elle fit d’Abraham et de Sara des migrants, un couple éprouvé par l’attente de l’accomplissement d’une promesse, dépouillé du fils qu’il leur fallait laisser partir. Leur foi espérait et percevait, au-delà des promesses et au-delà des souffrances, la vie promise, naissance et résurrection tout à la fois. Par la foi ils comprirent que la vie passe par la reconnaissance que tout est don, par l’attente confiante, la mort à soi et le dépouillement. Ils saisirent que meurent lentement ceux qui ne s’aventurent jamais et refont toujours le même chemin, ceux qui ne risquent rien sur une promesse lointaine et qui ne lâchent rien pour aller les mains vides, ceux qui pleurent le passé et veulent maîtriser l’avenir.


C’est la foi encore qui pousse les parents de Jésus à l’obéissance à "la loi de Moïse" et les conduits à présenter l’enfant au Seigneur. C’est dans la foi que Syméon reconnaît en Jésus la "Consolation d’Israël", une expression qui désigne le Messie et ses dons de réconfort. Dans la foi Syméon chante les louanges de Dieu et proclame un oracle révélant la portée universelle de la mission de Jésus. Mais il annonce aussi un drame car l’enfant "sera un signe de division" et sa mère en aura le cœur transpercé. C’est à la foi qu’appelle Anne en parlant "de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem". L’évangile passe pudiquement sous silence l’étonnement et l’effroi peut-être de Marie et Joseph, le combat de la foi qu’ont provoqué ces prophéties, la persévérance dans l’espérance qu’elles ont exigée, le surcroît d’amour qu’elles ont réclamé. Marie et Joseph offrent l’enfant au Seigneur et tout aussitôt apprennent que déjà il ne leur appartient plus, que sa destinée les fera souffrir. Alors il ne faudrait pas que l’idyllique tableau qui conclut l’évangile, avec un enfant Jésus soumis à ses parents dans la petite bourgade de Nazareth, nous égare : la Sainte Famille n’est pas exemplaire parce qu’elle aurait mené une petite vie rangée et unie. Elle l’est parce qu’elle nous montre que la confiance grandit dans l’épreuve, que la résistance spirituelle est nécessaire pour s’ouvrir à l’accueil d’un Dieu indéfectiblement fidèle, que l’inattendu du Seigneur et l’accomplissement de ses promesses ne peuvent advenir sans foi et sans oubli de soi.


Sr Sophie Ramond, r.a.
Paris - France


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