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Comment sanctifier le repos des vacances

Ses écrits

Mes chères filles,

Je voulais vous rappeler, au moment d’entrer en vacances, la nécessité de prendre des résolutions pour sanctifier ce temps de repos.
Il ne faut pas se faire illusion : les religieuses qui enseignent ont autant besoin de vacances que les enfants. Il n’y a pas d’état où l’on se dépense plus soi-même, où l’on use plus sa vie qu’on ne le fait dans l’éducation et dans l’enseignement. Voyez, une mère a bien de la peine à suffire à un, deux, trois, quatre enfants, et elle s’épuise dans les soins qu’elle leur donne. Eh bien, nous, nous en avons je ne sais combien auxquelles il faut suffire. Il est vrai que nous nous remplaçons les unes les autres, que les occupations sont partagées entre nous, mais enfin nous avons la sollicitude de l’instruction, la sollicitude de l’éducation, sollicitude qui, à proportion qu’on y met son âme et qu’on veut faire du bien, fatigue et épuise le corps. Il faut donc prendre franchement ses vacances.
Je vais vous donner un conseil qui vous paraîtra peut-être
singulier : ne travaillez pas trop pendant ces deux mois. Les jeunes soeurs font quelquefois de grands projets de travail pour les vacances. Elles veulent en profiter pour se développer, elles se proposent de faire telle et telle étude. Non, mes soeurs, reposez-vous.
Cela est bon pour votre intelligence, cela est nécessaire
surtout pour celles qui ont été employées à l’enseignement pendant le cours de l’année.

Saint Ignace ordonne à ses religieux de prendre des vacances. Or on n’accusera jamais ce saint d’avoir voulu faire de ses religieux des hommes efféminés. Il a voulu au contraire en faire des soldats courageux. Il sortait des rangs d’une armée bien organisée. La prenant pour modèle, il a établi dans son Ordre une discipline admirable, voulant que chacun fût d’un courage à toute épreuve, d’un dévouement parfait, toujours disposé à se détruire, à user sa vie, à se dépenser tout entier pour la défense de la religion et le service de la société. Et cependant saint Ignace constate la nécessité de prendre des vacances.
Je dirai donc à toutes les soeurs, tant à celles qui restent ici qu’à celles qui sont obligées de s’éloigner, - je leur dirai de prendre consciencieusement leurs vacances et de se reposer. Mais entendez bien : qui dit se reposer ne dit pas se relâcher. Du reste, qu’est-ce qui fait la perfection de notre état ? C’est de tout rapporter à l’amour de Dieu, de faire toutes choses pour accomplir la volonté de Dieu, et de se soumettre à cette sainte volonté avec un tendre amour qui fait que nous la préférons à tout.
Qui vous empêche d’avoir une attention plus grande à la présence de Dieu pendant les vacances que pendant le reste de l’année ? Qui vous empêche d’avoir un amour plus ardent pour notre Seigneur, une tendance plus grande à la paix d’autant plus facile à conserver qu’on est plus détaché de soi, plus dépouillé de sa volonté, et puis, qu’ayant moins autour de soi ces petites abeilles qui bourdonnent sans cesse, on peut profiter de cette tranquillité pour se recueillir et écouter intérieurement la parole de Dieu ?
Un directeur expérimenté me disait que tous les serviteurs de l’Évangile, les prêtres, les religieux, les religieuses, ont une grande compensation : c’est qu’ils trouvent très facilement notre Seigneur, quand ils se taisent et rentrent dans la solitude. Comme je lui disais que, s’il en est ainsi, il serait à souhaiter qu’on puisse toujours rester dans la solitude pour ne jamais perdre notre Seigneur, il me répondit : « Ne vous faites pas illusion : ceux qui vivent dans la solitude ont les combats de la solitude à la façon de saint Antoine. » Quand donc vous vous retirez pour vous occuper de notre Seigneur, le bon Dieu vient pour vous consoler et il vous dit, comme Jésus disait à ses apôtres dans l’Évangile : Venez à l’écart et reposez-vous un peu. Si, au contraire, on est toujours dans le repos, dans le silence, dans la solitude, comme il faut mériter pendant cette vie, comme la vie de l’homme est un combat perpétuel sur la terre, l’épreuve vient sous la forme de tentations diverses, de préoccupations, de difficultés dans la prière. Notre Seigneur se retire, pour qu’on trouve les luttes et les combats de la solitude qui, selon le témoignage de sainte Thérèse, sont plus grands et plus terribles que ceux de la vie active.

Profitez donc du privilège que vous donne votre vie active mêlée de contemplation, puisque, quand vous vous retirez, quand vous rentrez en vous-mêmes, notre Seigneur vient pour vous consoler des peines que vous vous êtes données à son service. Tenez-vous là, contentes, heureuses, confiantes, ne faisant pas grand-chose, puisque ce sont les vacances. Mais, dit saint François de Sales, c’est faire beaucoup que de se tenir en paix auprès de notre Seigneur, c’est bien remplir son temps que d’accomplir la volonté de Dieu.
Cette volonté sera dans une chose ou dans une autre : pour telle soeur, elle consistera à se promener tous les jours pendant une heure dans le jardin, à ne s’occuper d’autre chose que de regarder les petits oiseaux, de les écouter chanter, de respirer le grand air. Mais ce sera la volonté de Dieu et, en l’accomplissant, elle trouvera une grande paix.
Quand on s’habitue ainsi à tenir son âme en équilibre, à garder la possession de soi-même, on revient aux enfants sans ennui, sans impatience, sans empressement, surtout sans volonté propre, avec un zèle tout pur, avec un amour tout simple de Dieu et du prochain, avec quelque chose de plus dépouillé de soi, de plus enfant de Dieu, de plus naïf, de plus calme, de plus doux, de plus zélé.
Il ne faut pas croire que la vivacité, le trouble, l’empressement, l’excitation aident au zèle. Ce qui aide au zèle, c’est de chercher notre Seigneur et de lui rapporter tout ce qu’on a à faire. Ainsi nous prendrons des vacances prudentes et tranquilles, parce que nous nous reposerons ; saintes, parce que nous nous reposerons avec joie aux pieds de notre Seigneur.

Vous avez été Marthe toute l’année. Soyez un peu Marie. Vous savez qu’elle se donnait peu de peine, et Marthe s’en plaignait : Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma soeur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider. Restez tranquillement assises aux pieds de notre Seigneur. J’espère qu’il vous consolera, qu’il adoucira vos petites difficultés, qu’il vous aidera, qu’il vous éclairera, qu’il vous enflammera. Alors vous trouverez la joie des vacances dans une charité plus ardente, dans une plus grande pureté de coeur qui vous fera tout rapporter à notre Seigneur : et ainsi vous arriverez à voir notre Seigneur en tout et à l’aimer davantage à la fin de ce temps de repos.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
Instruction de chapitre du 25 juillet 1874

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