Christ Roi - Sr Bénédicte Rollin

Ordinaire

 

Voulons-nous qu’Il règne sur nous ?

 

Mercredi de cette semaine le lectionnaire liturgique nous faisait lire la parabole du prince qui part se faire investir de la royauté. Dans cette variante lucanienne de la parabole des talents il y a le détail suivant : des concitoyens du prince envoient derrière lui une délégation pour dire : « nous ne voulons pas qu’il règne sur nous » (Lc 19,14). Pour l’évangéliste il s’agit de signifier le refus de la royauté de Jésus par les autorités d’Israël. Mais aujourd’hui la question nous est posée par le choix du récit de la crucifixion comme évangile de la fête du Christ Roi : voulons-nous d’un tel roi ?
 
Il est bon de relire en cette fête des extraits plus larges du récit de la Passion selon Luc. Il y a là un portrait de roi paradoxal, un roi qui est « comme celui qui sert » (22,27), silencieux lors de son procès, sans défense face au pouvoir politique, un roi bafoué et exclu qui semble oublier sa propre souffrance et s’intéresser seulement aux autres – il cherche le regard de son ami qui vient de le renier, il console les femmes qui le pleurent, il prie pour ses bourreaux.
 
La péricope que nous lisons aujourd’hui nous montre des réactions opposées face à celui que l’écriteau accroché à la croix désigne comme « le Roi des Juifs », nous sommes ainsi invités à prendre parti à notre tour.
 
D’un côté il y a trois refus exprimés par différents personnages : les chefs du peuple, les soldats et l’un des condamnés. Trois défis lancés à Jésus à l’heure de sa plus grande détresse, trois questions qui font écho aux trois tentations au désert, quand le diable lui disait « Si tu es le Fils de Dieu… » : « S’il est le Messie », « Si tu es le Roi des Juifs », « N’es-tu pas le Messie ? » et chaque fois l’invitation ironique à se sauver, à prouver à soi-même et aux autres qu’il est bien ce qu’il prétend être - Roi. Mais Jésus est un prince qui se fait investir par un Autre, il ne revendique ni le pouvoir ni l’immunité. Il est bien Sauveur, comme l’ont proclamé les anges à sa naissance, il est venu pour « chercher et sauver ce qui était perdu » (19,10) mais il est Roi et Sauveur en assumant le rejet, l’humiliation et la mort dans la solidarité la plus extrême avec ses « sujets » dont il devient le frère. Il ne ressemble en rien aux politiciens populistes et aux gourous qui promettent des solutions à tous nos problèmes. C’est autre chose qu’il promet.
 
De l’autre côté il y a un homme, lui aussi exclu, humilié et torturé. Ce « bon larron » comme la tradition l’appelle, reconnaît dans cet homme innocent et sans défense le vrai Roi qu’il attend dans sa détresse et son péché. Il lui demande de « se souvenir » de lui, c’est-à-dire de se rendre présent à lui avec sa miséricorde et sa puissance de salut. Il reçoit alors la promesse du Royaume pour aujourd’hui même, comme Zachée, « cherché et trouvé » avait entendu Jésus lui dire « aujourd’hui le salut est venu pour cette maison ».
 
En ce jour, qui est pour nous l’aujourd’hui du salut, l’Eglise nous dit comme Pilate par son écriteau : voici votre Roi. Contemplez-le. Laissez-vous déconcerter et désarmer par lui. Ecoutez son silence et sa prière. Ecoutez sa promesse. Voulez-vous être « avec lui » dans son Royaume ? Voulez-vous qu’il règne sur vous ?
 
Sr Bénédicte Rollin, ra
Vilnius - Europe du Nord
 

 


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