Chapitre de Noël 2013 - Sr Martine

Soeur Martine Tapsoba

En route vers Noël, du côté de Bethléem


Quand nous considérons ce que nous avons vécu dans les Églises locales et au niveau universel, l’année de la foi initiée par le Pape Benoît XVI a été une bénédiction pour toute l’Église. Sa clôture, le 24 novembre dernier, par le Pape François, a été en même temps l’heureuse occasion de recevoir avec joie l’exhortation apostolique intitulée "la joie de l’Évangile". Notre vie de foi reste pourtant un chemin à parcourir, une vie à recevoir, une confiance à raviver et une réponse à donner au jour le jour, dans notre marche vers le Dieu Amour qui est avec nous, nous conduit et nous attend. Il a tant aimé le monde qu’Il s’est rendu proche en son Fils venu habiter parmi nous. "Et le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous !" (Jn 1, 14) Et ce fut Noël hier, et c’est Noël aujourd’hui !


Du ciel à la terre, les anges ont fait le même parcours que le Fils de Dieu dont ils sont venus annoncer la naissance, montrant ainsi que le chemin et la communication restent ouverts entre Dieu et les hommes. Comment consentir à prendre encore la route, à continuer la lutte pour la vie alors qu’on est habité par tout ce que vit notre monde : les conséquences des typhons Yolanda et Haiyan qui ont frappé les Philippines, et dans une moindre mesure, le Vietnam et d’autres pays d’Asie, avec partout des pertes de vies humaines et des dégâts matériels considérables ; la Syrie qui s’est enlisée dans une situation conflictuelle profonde dont on n’ose même pas imaginer les conséquences pour aujourd’hui et à long terme ; l’Irak qui continue de souffrir à l’insu de beaucoup ; la Centrafrique devenue un nouveau champ de bataille et le Congo démocratique où la guerre et les exactions semblent ne plus émouvoir grand monde. Tant d’événements dans nos différents pays, dans chacune de nos provinces, et dans le monde, nous assaillent chaque jour, nous touchent et nous révoltent. C’est au cœur de cette réalité, peut-être pas plus dramatique que celle du temps de Jésus, que nous nous sommes mis en route vers Noël, en compagnie de Marie et Joseph vers "… Bethléem pour voir ce qui est arrivé, et que le Seigneur nous a fait connaître" (Lc 2,15) et pour apprendre d’eux à accueillir la Vie et le Salut.

I- Du côté de Bethléem


Depuis la mémorable nuit de la naissance du Fils de Dieu, nous ne pouvons plus aller à Bethléem sans les bergers, ces bien-aimés du Seigneur, les premiers à avoir reçu la Bonne Nouvelle et donc les premiers missionnaires de cette Bonne Nouvelle : "Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire" (Lc 2, 16). Avec eux, nous voulons accueillir l’enfant, signe de la bonté du Père. Avec eux nous voulons croire ce que les anges leur ont raconté ; car le signe qui leur a été donné n’était en fait « pas un signe », écrit Benoît XVI. "Le signe est en même temps un non-signe : la pauvreté de Dieu est son vrai signe. Mais pour les bergers, qui avaient vu la splendeur de Dieu sur leurs pâturages, ce signe était suffisant…"1. Ils croient ce que leur a dit l’ange, reconnaissent le signe de l’Enfant et s’en retournent avec joie, en louant et glorifiant Dieu pour ce qu’ils ont vu et entendu. (Lc 2, 20)


Mystère de Foi, mystère de joie ! Merveille pour nos yeux et douceur pour nos cœurs inquiets où foisonnent des questions existentielles et peut-être, des souffrances inavouées. Merveille parce qu’en Jésus, Dieu est venu dans notre pâte humaine et dans notre histoire, dans l’humilité d’un enfant, pour donner sens et consistance à l’humain qui tente de se frayer un chemin en nous. Il nous conduit au Père, rétablissant la communion entre nous et notre Créateur, dans l’Esprit qui crie en nous son nom : "Abba, Père" (Rm 8, 15). En contemplant le nouveau-né de la crèche, nous contemplons le projet de Dieu pour tout homme et toute femme, nous contemplons notre avenir et celui du monde. La foi des bergers stimule la nôtre et nous rend capables d’accueillir avec espérance cet avenir qui se fait présence et compassion, avec la certitude que le Salut nous rejoint dans le concret de nos vies quotidiennes.


Accueillons donc avec émerveillement, ce don immense que Dieu fait de Lui-même en son Fils. Il est la Parole qui donne vie, il quête notre hospitalité. Aller du côté de Bethléem requiert audace pour sortir de soi et de ses sécurités, courage pour se déplacer, vivre une traversée de soi vers l’autre avec sa différence, nous laisser conduire en toute confiance à « l’essentiel », cet au-delà qui nous situe du côté de Dieu.

II- Marie et Joseph, gardiens du Mystère


La révélation du Mystère à Marie (Lc 1, 26-38) et à Joseph (Mt 1, 18-25) s’est faite dans le silence de leur cœur, un silence que seuls savent vivre ceux et celles qui ont le cœur pur, celles et ceux qui se sont entraînés à l’écoute de la Parole de Dieu. Marie et Joseph sont les gardiens du Mystère de Dieu, ils peuvent nous apprendre à vivre le silence de l’écoute et de la contemplation. Ce silence, qui a marqué leur chemin de foi à la suite de Jésus, dans les diverses péripéties de son existence, est paradoxalement parole : incessante annonciation de Celui qui vient, qui est là et qui habite nos cœurs.


Jésus lui-même va baigner dans cette école du silence où il fera l’apprentissage de l’obéissance fondée sur la foi. En effet, pour être capable de parler avec autorité comme il l’a fait pendant ses trois années de vie publique, il a dû passer par le rite initiatique d’une vie contemplative silencieuse qui a duré 30 ans, dans la pleine communion avec son Père, en un temps où il y avait fort à faire pour libérer son peuple du joug de l’occupant romain. Le silence de Jésus est aussi le grand signe de son humilité, une humilité qui le garde patient face à notre difficulté à comprendre le but de sa mission, face à nos refus d’accueillir l’amour débordant qu’il venait nous manifester en se faisant le Serviteur, jusqu’à la croix. Par-dessus tout et par anticipation, il s’est donné humblement à nous dans le pain eucharistique avant d’être revêtu du silence de la mort, comme il s’était déjà donné au commencement de sa vie terrestre, à Bethléem, la "Maison du pain". 


Nous aussi nous faisons l’expérience que Dieu nous parle dans le silence, un silence où nous pouvons grandir dans notre relation personnelle avec le Christ. Le mystère de Noël nous invite à l’adoration, à l’ouverture du cœur pour accueillir la Vie qui nous est donnée, dans un grand respect, une douce paix, une sainte joie ; car c’est vraiment en nous que l’Enfant veut faire sa demeure. Sainte Marie Eugénie l’avait si bien compris qui disait : "notre âme aussi, mes sœurs est un ciel pour Dieu. Jésus-Christ y habite par sa grâce…". C’est pour cela qu’il faut apprendre à faire de temps en temps un grand silence dans notre âme, pour que tout adore Dieu dans le silence.2


Comme Marie et Joseph, et sur l’invitation de Marie Eugénie, nous pouvons, en ce Noël, offrir au Christ-Enfant comme demeure, la crèche de nos cœurs ouverts. Accueillons-le dans le silence, à genoux devant la Crèche. Contemplons-le si vulnérable et déjà livré entre les mains des hommes ; C’est là que commence l’imitation du Christ.

III- Témoins de Jésus pour notre monde


Marie et Joseph reçoivent du Père la mission de veiller sur l’Enfant-Dieu et de se mettre à son service. Ils regardent davantage l’Enfant qu’ils ne se regardent eux-mêmes ; ils sont centrés sur lui et chacun d’eux a une relation personnelle avec le Nouveau-né, une relation qu’ils entretiendront toute leur vie. Joseph, en particulier, s’efface devant l’Enfant qui lui est confié, lui l’homme du silence, de l’humilité et du service, que le peuple chrétien n’a jamais cessé de vénérer. La réaffirmation par le Pape Benoît XVI, et le Pape François après lui, du rôle unique de saint Joseph dans l’histoire du Salut,3 est une interpellation pour reconnaître sa place aux côtés de Marie et leur communion dans la mission d’éducation de Jésus, le Fils de Dieu.


Pauvres et humbles devant le don de Dieu et sa confiance à leur égard, Marie et Joseph, n’ont pas fait de grands discours ni de grandes révélations ; ils étaient là, tout simplement, avec l’enfant devenu leur unique raison d’être, l’entourant de leur attention et de leur affection. L’aimant ainsi de tout leur cœur, et s’aimant l’un et l’autre dans ce lien venu de lui, ils ne l’ont pas gardé pour eux. Ils l’ont offert à toutes les personnes qui étaient attirées par sa présence. Ils sont en cela l’icône de la paternité et de la maternité humaines. Ils ont donné par le témoignage de leur vie un reflet juste du Dieu fait Homme. Ils sont pour nous une vibrante invitation à nous laisser illuminer par le Verbe divin, le plus Grand devenu le plus petit.


La fête de Noël nous donne l’occasion de faire réellement de Jésus, le centre de nos vies, de vivre de lui et de le donner au monde. Car, "c’est à nous aujourd’hui de rendre concrètement accessibles des expériences d’Église, de multiplier les puits auxquels inviter les hommes et les femmes assoiffés, pour faire rencontrer Jésus, véritable oasis dans les déserts de la vie... C’est à chacun qu’est confié un irremplaçable témoignage, afin que l’Évangile puisse croiser l’existence de tous ; c’est pourquoi la sainteté de vie est exigée de nous."4


Nous recevons la mission de rayonner de la lumière reçue de l’Enfant de la Crèche. Les bergers qui, du côté de Bethléem, contempleront les premiers le visage du Christ, nous rappellent que c’est d’abord aux pauvres que l’Évangile est destiné. Le Christ, roi d’humilité, s’est identifié au pauvre. Le visage du pauvre ouvre pour nous, aujourd’hui, un chemin vers le Christ, « car dans le visage du pauvre resplendit le visage même du Christ. »5


En route vers Noël, nous avons fait un pèlerinage aux sources, nous avons marché sur les traces d’un Enfant porteur du message du Salut pour tous les hommes. Allant à sa recherche, nous nous sommes laissé conduire vers notre propre humanité, dans l’accueil de ce que nous sommes en vérité. La venue de l’Enfant sur notre terre nous autorise à vivre la joie et la paix, et à en être les prophètes dans notre monde.


En route vers Noël, nous avons accouru avec les Bergers, portant dans nos cœurs les joies, les peines, les souffrances et les espoirs de nos sœurs et frères humains, pour les déposer aux pieds du Sauveur. Nous avons marché avec Marie et Joseph. En leur compagnie, nous avons appris à interpréter les signes que Dieu nous donne et à goûter la joie d’être avec Jésus. De Marie et de Joseph, nous avons appris à admirer, à contempler et à pénétrer les profondeurs de Dieu dans la faiblesse d’un Enfant, et à reconnaître sa présence dans la simplicité de la réalité telle qu’elle nous est donnée à vivre.


En route vers Noël, nous avons accueilli avec joie le grand don de la Vie de Dieu en Jésus, cet Enfant-Sauveur. De Bethléem, nous sommes envoyés pour annoncer les merveilles de Dieu pour nous en son Fils. Que Marie notre Mère, Modèle de notre foi et Étoile de la nouvelle évangélisation, nous accompagne par sa prière maternelle et nous aide, "pour que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un monde nouveau"6. Que le souvenir de l’expérience vécue à Bethléem ravive notre foi et nous habite tout au long de l’année nouvelle qui s’annonce.


Joyeux Noël 2013 à chacun et chacune !
Sainte et heureuse année 2014 !
Avec ma communion dans la prière et ma fraternelle affection en Jésus notre Frère !


Sœur Martine Tapsoba
Supérieure Générale


1 Benoît XVI, L’enfance de Jésus, Editions du Flammarion, 2012, p. 112-113


2 Sainte Marie Eugénie, Chapitre du 30 août 1883, pp. 87, et 89.


3 Le 1er mai 2013, un décret de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a demandé que le nom de Joseph soit ajouté après celui de Marie dans les Prières eucharistiques II, III, et IV.


4 Synode 2012, Message final, n° 3


5 Synode 2012, Message final, n° 12


6 cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, N° 287 -288


 


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