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Burkina Faso : Être homme, être femme… n’est pas la même chose.

Justice, Paix, Intégrité de la Création et Solidarité


Quand Pierre se lève à 5.30 du matin, Élisabeth est déjà de retour de la recherche d’eau, du bois et elle a soigneusement balayées sa cour et sa porte après avoir fait la vaisselle de la soirée antérieure. Elle a déjà donné à manger aux animaux, préparé le thé pour son mari et chauffée l’eau pour sa douche et la de ses enfant qui partiront après à l’école.
Une fois que tout le monde sera dehors, elle-même va prendre la route pour rencontrer les autres femmes qui vont au marché, soit à vendre ou à acheter les condiments du jour… un temps de nouvelles, de rires et de plaintes partagés… "a ka gwele" (c’est dur) disent les burkinabés, mais "ça ira" et elles se donneront du courage les unes aux autres pour la journée.
Au retour, piler, allumer, couper, éplucher, étaler, laver, préparer, chauffer, déposer, aller, revenir, regarder, vendre, saluer, réparer, coudre… la vie des femmes est pleine des verbes du matin au soir… des verbes en pluriel. Elles sauront partager les rires de préparations des mariages et de baptêmes et les jours de deuil où tout est fait ensemble et dans le silence.


Il y a des verbes en commun avec les hommes et il y a des verbes propres, que la culture enlève avec difficulté. Nous voyons chaque jour des femmes qui partent à l’université, qui guident ses véhicules - même dans le transport publique-, des femmes qui gèrent des stations d’essence ou des usines, qui occupent des bureaux et qui portent le titre des Directrices Générales…
Mais deux mondes différents sont-là… et la société s’organise autour de ce deux planètes diverses et complémentaires mais pas égalitaires.



Enfants, ils joueront ensemble à la rue, ils joueront à faire le marché ou à labourer les champs, mais dès qu’on grandisse, elle va apprendre à couper seule le bois sur ses pieds nus tandis que son camarade boit calmement son thé à l’ombre de l’arbre, entouré de ses amis… arbre de paroles où les hommes construisent leur pensé. Ils se regardent en silence, chacun à sa place. Ils rentreront séparément à la mosquée (aussi au temple, à l’église) pour ne pas se distraire à la prière et séparément ils construiront ses deux mondes : culturelles mais aussi économiques, même affectifs…
Il prendra la charge du "gros" mais c’est elle qui rentre dans les "détails". Détails qui sont suivant l’école des enfants, la santé, les habits… mais lui ne va pas le demander comment, elle non plus… Aux sessions de préparation au mariage, revient la question : qui connaît le salaire de son conjoint ? Si un ou deux couples parmi les 30 ou le 70 répondent " oui", on peut se féliciter.

Quelque chose est en train de changer, donc…


Et, effectivement quelque chose change… quand la fille de Pierre est venue communiquer sa grossesse en famille et son père a décidé de ne pas la chasser sinon de lui donner l’opportunité d’avoir son enfant et de continuer ses études… quand le groupe des couples de la pastoral familiale se rencontrent pour un dîner, et on fait la vaisselle ensemble… quand celui qui habite seul, décide d’apprendre à préparer son tôt et se sentir autonome… quand Louis et Lucie se décident à parler ensemble… quand Prosper est capable de dire : "c’est ma femme qui m’a changé"… quand dans des groupes mixtes, les femmes osent prendre la parole… quand un jeune père se promène avec son enfant qui pleure en laissant sa femme continuer la formation…


Quand les femmes viennent à l’alphabétisation, parfois ils disent : "Nous voulons sortir de l’obscurité". L’obscurité est un ensemble de situations, des liens d’histoire et de culture qui deviennent poids lourds à supporter… Sortir de l’obscurité ne se fait pas sans conflit : Awa venait de passer la journée au service de un projet pour le groupement de femmes, la journée l’avait fait courir à gauche et à droit… en arrivant à la maison, elle a donné à manger ce qu’elle avait eu le temps d’acheter à la rue pour que les enfants retournent à l’école avec la promesse de quelque chose de bonne le soir si "vous ne dites pas à papa que je n’ai pas préparé aujourd’hui, sinon lui va me frapper"… Le soir, son père arrivé, la cuisine sent bon, mais les enfants déclarent qu’ils ont faim parce que maman…


Sortir de l’obscurité es un combat pour la justice que, quelque fois, t’enlève la paix…. Aussi pour les hommes qui veulent risquer un autre comportement, une autre vision.
Le passé avec les mariages forcés, arrangés, les excisions des femmes, la chasse des vieilles, l’accusation de sorcellerie… est encore là avec des noms propres que nous connaissons… mais nous voulons prêter oreilles et yeux à ce monde nouveau qui est en gestation, en douleur d’enfantement, comme une annonce de VIE, et de vie en abondance pour les hommes et les femmes, à part égale. Qui pouvait être la sage-femme !


Petites Sœurs de l’Assomption
Bobo-Dioulasso

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