6e dimanche de Pâques

Pâques

L’édition liturgique de l’évangile de ce dimanche nous propose une lecture en trois paragraphes qui peut nous aider à entrer progressivement dans la méditation. Dans chaque paragraphe l’un ou l’autre mot-clef, surtout des verbes, retiendra notre attention.

Le premier paragraphe nous parle d’aimer et de garder ou "rester fidèle à" la parole – les actions proposées aux disciples, et puis de venir et "faire sa demeure", les actes divins. L’invitation pressante à "rester fidèle à" la parole de Jésus (qui en fait, nous dit-il, est celle du Père lui-même) rappelle la théologie de l’Alliance dans le Premier Testament : au Sinaï, une Parole est donnée au peuple par Dieu, parole qui est don, promesse et exigence. Si Israël la garde et la met en pratique, Dieu est son Dieu, et, en signe de Sa présence fidèle, Dieu fait au milieu du peuple sa demeure : le Temple. Nous sommes ici dans la même dynamique, mais avec trois différences de poids : d’une part il s’agit d’aimer Jésus, c’est-à-dire que la fidélité à l’Alliance signifie avant tout un attachement à sa personne ; d’autre part la demeure n’est plus extérieure, symbolisée par un bâtiment, elle est intérieure au croyant, spirituelle ; et enfin Celui qui vient est le Dieu Trine – Jésus parle ici du Père et de Lui, et aussitôt après de l’Esprit. Ce paragraphe nous invite à méditer sur les questions : que signifie pour moi "aimer" Jésus, à quelle alliance de personne à personne suis-je invité ? Que signifie pour moi "garder sa parole" ? Que signifie pour moi être la demeure de Dieu, L’accueillir en moi ?

Le deuxième paragraphe nous parle de l’Esprit Saint qui est envoyé, comme Jésus, par le Père. Deux verbes caractérisent son action dans le croyant : "enseigner" et "rappeler" la parole. Le Paraclet est donc donné pour permettre de répondre à l’invitation de Jésus à "être fidèle à la parole". Là encore nous pouvons nous appuyer sur notre expérience de croyant pour reconnaître l’Esprit déjà à l’œuvre en nous… chaque fois qu’un texte nous a touché, chaque fois que l’Ecriture a résonné en "stéréophonie" avec notre vie, c’est bien l’œuvre du Paraclet que nous avons expérimentée.

Le troisième paragraphe nous surprend par ses paradoxes. Il est question d’une Paix qui n’est pas celle dont nous pouvons avoir l’expérience de façon courante : il y a la paix que "donne le monde" et celle, différente que donne Jésus, "sa paix" à lui. Nous avons donc un dépassement à faire par rapport à notre idée immédiate de la paix – généralement nous l’associons à la tranquillité et à la sécurité. Quelle est donc cette autre Paix que nous partage Jésus ? Elle est paradoxalement à expérimenter justement au moment où la tranquillité et la sécurité sont perdues : au moment où nous pouvons être "bouleversés et effrayés". Puis Jésus parle de son "départ" – de sa mort, et en même temps de sa glorification – Résurrection et Ascension car dans l’Evangile de Jean le Mystère Pascal est toujours vu dans son unité. Mais il est aussi question ici de l’absence de Jésus vécue par l’Eglise, et par chaque croyant : il n’est pas là tangiblement, il est, affirmons-nous chaque dimanche, "assis à la droite du Père". Et pourtant il "vient", nous dit-il ! Que veut dire cette étrange affirmation : "je m’en vais et je viens vers vous" ? Nous avons là matière à réflexion : la Parousie (venue) de Jésus se décline au présent et non dans un futur apocalyptique inatteignable. Il vient aujourd’hui, comment ? Le reconnaissons-nous ?

Et pourquoi nous faut-il nous réjouir d’un départ, d’une séparation ? Jésus retourne au Père qui est "plus grand", c’est-à-dire que dans son humanité, cet état d’humiliation où il s’est mis et où il va s’abaisser plus encore par sa mort, il va retourner vers la gloire du Père. Glorifié il va répandre sur ses frères et sœurs l’Esprit qui leur fait partager la même vie divine. Et il va leur faire don d’une autre qualité de présence, celle dont Jn parle souvent avec le verbe "demeurer" ("demeurez en moi comme moi en vous", par exemple, Jn 15,4 ; cf. aussi 6,56). Ce don se fait au prix, pour nous, de son absence physique. Sommes-nous capables d’entrer dans une joie qui suppose un détachement ? Dans une si intime communion qui suppose une distance ?

Sr Bénédicte Rollin r.a.
Vilius - Europe du Nord


À voir sur le web

Dans la même rubrique


Ajouter un commentaire



Informations légales

Ce site est édité par "Religieuses de l’Assomption" :

Ecusson
  • Religieuses de l’Assomption - 17, rue de l’Assomption 75016 Paris - France
  • Tél +33 (0) 1 46 47 84 56
  • Fax + 33 (0) 1 46 47 21 13

Derniers articles

S'inscrire à l'info-lettre