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5e dimanche de Carême - Sr Bénédicte Rollin

Année liturgique 2016-2017 [A]

La Vie qui se laisse atteindre par la mort


La liturgie d’aujourd’hui nous offre une catéchèse baptismale qui nous prépare à Pâques avec des textes qui parlent tous de résurrection.


Mais ces textes nous confrontent aussi très explicitement à la réalité brutale de la mort, réalité qui mord continuellement nos vies : il y a les tombeaux, mentionnés deux fois par Ezéchiel et le corps mortel ou « voué à la mort » évoqué aussi à deux reprises par Paul. Et puis surtout le récit de la résurrection de Lazare qui est très réaliste et nous confronte de plus en plus fortement à la tragédie de la mort : au début, la maladie qui fait qu’on s’alarme (v.3), la peur de la violence meurtrière des ennemis qui peut aboutir à une élimination brutale (v.8), puis l’affirmation sans détour de Jésus "Lazare est mort » (v.14) et le pessimisme réaliste de Thomas « Allons, nous aussi et mourrons avec lui !" (v.16). Puis, quand la scène se transporte à Béthanie, tout se passe face au tombeau mentionné à plusieurs reprises (v.17, 31, 34, 38) avec les émotions que toute entrée au cimetière et toute approche de la fosse suscitent chez ceux qui sont en deuil : il y a les reproches (à Dieu, au destin, aux médecins, à soi-même…) les "si seulement…" du désespoir qui cherche un coupable ou au moins une raison qui expliquerait la perte (v.21, 32, 37). Il y a le besoin d’agir de Marthe et la prostration de Marie (v.20 et 28), il y a la tristesse partagée par amis et voisins et les tentatives de consoler les endeuillées. Il y a aussi le bouleversement ressenti par Jésus et même ses larmes (v.33, 35, 38). Et puis le réalisme brutal du phénomène physique de la mort : le corps se décompose, il sent mauvais (v.39)… On se sent enveloppé de toutes parts par la mort incontournable et invincible, de même que le corps de Lazare est emprisonné par linges et bandelettes (v.44).


Dans ce contexte, quelle est la Bonne Nouvelle que porte Jésus ? D’une part il est celui que la mort ne prend pas au dépourvu et n’effraye pas : son délai pour partir montre qu’il ne cherche pas par tous les moyens à éviter la mort. D’un autre côté Jean souligne trois fois son trouble devant la mort de Lazare. Le verbe qu’il emploie exprime un bouleversement en profondeur. Jean l’emploiera à deux autres reprises dans son récit : en 12,27 après que Jésus ait annoncé que son heure est arrivée (v.23) et évoqué le grain qui tombe et meurt (v.24). Jean rapporte alors un trouble de Jésus et sa prière : "que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est pour cette heure que je suis venu". On a ici l’équivalent de l’agonie à Gethsémani rapportée par les synoptiques. Un passage fort de l’épître aux Hébreux évoque le même combat "la prière et la supplication (du Fils) avec grand cri et larmes" (Heb 5,7). La même émotion saisit Jésus pendant le dernier repas, quand il annonce : "l’un de vous va me livrer" (13,21) : bouleversement devant la trahison de l’ami.


Au moment où nous approchons de Pâques il est important de contempler cette confrontation de Jésus au drame de la mort. D’une part, il est la lumière du monde, victorieuse des ténèbres, il sait que le Père l’exauce toujours, il commande au mort de sortir avec une souveraine autorité, et d’autre part il s’offre en toute vulnérabilité au scandale de la mort, il se laisse bouleverser jusqu’au tréfonds de lui-même et il sait que sa victoire pour tous est au prix de sa propre vie livrée …


Sr Bénédicte Rollin
Vilnius - Lituanie



5ème dimanche de Carême A
Jn 11,1-45

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