3e dimanche de Carême - Sr Sophie Ramond

Carême - Lent - Cuaresmo

 

Au sein de la théophanie du Sinaï, le Décalogue est une parole donnée par Dieu. Celui qui énonce les commandements commence par décliner son identité : Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. La loi est ainsi d’emblée posée comme ayant quelque chose à voir avec la liberté. Au moment d’entendre l’instruction, Israël est invité à faire mémoire que Dieu suscite sa liberté en vue d’entrer en alliance avec des êtres libres. Le Dieu libérateur se présente ensuite comme un Dieu jaloux ou mieux plein de zèle, de passion. Dans l’alliance, Dieu n’est pas indifférent à ce qu’Israël fait de la liberté qu’il reçoit.
Une fois affirmée, cette liberté est immédiatement convoquée pour un choix radical : tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Positivement, cette parole signifie que, pour Israël, la liberté et la vie, c’est de s’engager de manière absolue envers celui qui le suscite comme partenaire libre. Négativement, l’interdiction des autres dieux signifie que tout absolu qu’Israël se donnerait en dehors de la relation d’alliance est en fait une impasse pour sa liberté et sa vie. Ce n’est pas la seule impasse d’ailleurs. Le texte dénonce aussi les représentations que l’on peut se faire de Dieu. L’avertissement vis-à-vis des dieux et des images se prolonge par une mise en garde contre la servitude qu’ils représentent : Tu ne te prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. Se donner un quelconque absolu reviendrait en effet à se vouer à l’esclavage.
Le précepte du sabbat parle encore de liberté. Le sabbat est un jour sacré, autre, parce qu’il béni, porteur de vie et de bonheur. Le sabbat fonctionne comme signe de la liberté de Dieu. Le 7ème jour est appelé à être fécond plus que les autres jours, ainsi que l’indique l’allusion à Genèse. Créateur de l’univers, Dieu a mis un terme à sa puissance et a ouvert pour la créature un espace de liberté.
Sont enfin énoncés des droits élémentaires de la personne, le droit à la vie, à la liberté, à l’honneur et à la propriété. Ces droits, qui peuvent être reconnus par toute conscience, sont plus que sanctionnés par Dieu : ils sont comme le signe concret du véritable rapport avec lui.
 
Auprès des Corinthiens, Paul dénonce d’une part les Juifs qui espèrent un Messie tout-puissant, qui réclament des signes et attendent des preuves, et d’autre part les Grecs, qui recherchent une sagesse, un système religieux et philosophique. Le Messie crucifié annoncé par les chrétiens peut rassembler Juifs et Grecs s’ils entendant l’évangile. Dieu se révèle ni puissance, ni sagesse mais l’amour vulnérable.
 
Jésus intervient sur le parvis du Temple, où sont installés les marchands qui permettent aux pèlerins de changer de l’argent pour offrir des animaux en sacrifice. Il expulse les vendeurs. Il demande de cesser cette pratique qui fait de la maison de son Père une maison de trafic, qui en pervertit donc la destination. Ce faisant, Jésus accomplit un signe comme les prophètes pouvaient le faire pour mieux communiquer leur message (cf. Jr 13, 1-7 ; Is 21, 1-6 par exemple). Ce geste symbolique annonce que la purification du Temple prévue pour la fin des temps est déjà en marche. Il signifie le désir de Jésus de ramener ce Temple encombré à sa pureté primitive, de le rendre à sa fonction originelle : être l’espace où viennent les véritables adorateurs du Père. Jésus cependant se prétend plus qu’un prophète, puisqu’il appelle le Temple la maison de mon Père. D’où la demande d’un signe qui justifierait un tel sentiment d’autorité. La réponse de Jésus : Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai provoque un malentendu. Les Juifs parlent du Temple matériel ; Jésus, lui, parle de son corps ressuscité. Il nous invite à croire que nous sommes présence de Dieu en ce monde par notre attachement au seul Temple, le Christ ressuscité.
 
Oui il est le Seigneur notre Dieu qui nous fait sortir de toutes nos idées figées et de nos fausses représentations, qui nous appelle à la liberté intérieure et à la confiance. La croix, symbole de la folie d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’humaine faiblesse, nous révèle que nous ne participons à la personne du Christ que dans la visée d’une vie nouvelle.
 
Sophie Ramond, ra
Paris-Lübeck - France

 


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