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3e dimanche de Carême - Sr Bénédicte Rollin

Année liturgique 2017-2018 [B]

Sainte colère

L’évangile de ce jour nous montre Jésus en colère, en violente colère même, car elle s’exprime par des actes énergiques : il emploie la force pour chasser les vendeurs du Temple.

Une première question se pose immédiatement pour notre méditation : comment est-ce que je ressens cette colère ? Elle peut choquer. Alors on dira "c’est une exception"… comme s’il fallait excuser Jésus de s’être laissé aller ce jour-là ! Mais quand on y regarde de plus près, la colère de Jésus affleure plus d’une fois dans les évangiles, et même si elle s’exprime en paroles, elle n’est pas moins violente : il suffit de relire sa diatribe contre les pharisiens en Mt 23, par ex. Il faut donc prendre la colère de Jésus au Temple de plein fouet, c’est le cas de le dire. St Jean nous dit que les disciples, témoins de la scène, font le rapprochement avec le zèle qui dévore l’auteur du psaume 69. Puisqu’il nous donne cette piste, ce peut être pour nous l’occasion de relire ce psaume. Il est le témoignage bouleversant d’un homme qui fait tellement sienne la cause de Dieu, que tout rejet de Dieu l’atteint en plein cœur : "l’insulte qui t’insulte retombe sur moi !" (v.10). Le rejet, le mépris, la persécution violente dont il est l’objet de la part des autres, même de ses proches, sont l’expression concrète de leur rejet de Dieu Lui-même. Ce psaume nous donne une clef pour comprendre ce que vit Jésus : tout péché, toute atteinte à la gloire de Dieu, tout rejet de son amour le blesse dans son être le plus intime. Sa colère ne peut être qu’une expression paradoxale de son zèle-amour tant pour Dieu que pour l’homme.
Cela culminera par l’exclusion radicale dont il fera l’objet lors de son procès et de sa mise à mort. Mais à ce moment-là Jésus ne manifestera aucune colère, il sera doux comme un agneau… Le "temple de son corps", comme dit St Jean, Jésus le laissera détruire.

Mais aujourd’hui, face à l’offense faite au Temple de son Père, il réagit. Son acte, comme les actes symboliques posés par les prophètes (cf. surtout Ezéchiel) est une parole, de même que ses miracles sont des gestes-paroles. Que doit-on entendre dans cet acte ? Un cri : "Dieu est saint, le lieu qu’Il habite est saint ! Respectez-le ! Comment pouvez-vous, au lieu d’adorer sa Présence, au lieu de louer, d’intercéder, de pleurer vos péchés, vous occuper de votre commerce de maquignons ?! Et c’est vous-mêmes, en tant que créatures appelées à la gloire de la communion avec Dieu, que vous détruisez !"
Et nous, voulons-nous nous laisser atteindre par ce cri ? C’est trop facile d’accuser les dérives de la religion juive de l’époque de Jésus, ou bien d’actualiser en critiquant les "vendeurs du Temple" qui foisonnent dans nos lieux de pèlerinage. Il peut se faire que notre manière d’être dans une église ou une chapelle manifeste un oubli de Dieu, voire un certain mépris pour Sa sainte Présence. Nous avons souvent perdu le sens de ce que l’Ancien Testament appelle la "Shekinah", cette présence divine si intense, si éblouissante, que l’homme se voile les yeux et se prosterne, écrasé par un mélange de crainte, de bonheur et de repentance. Voici ce qu’écrivait à ce sujet le p. Denis Sonet : "Ce qui est révoltant pour celui qui aime le Seigneur, c’est de constater cette perte moderne du sens du sacré, cet oubli de la Grandeur, de la Transcendance de Dieu (…) Même si une certaine familiarité est compatible avec le respect, on ne tape pas sur l’épaule de Dieu (…) Ce qui profane le plus nos églises (…) c’est cette monstrueuse indifférence des hommes en face de la folie d’un Dieu qui s’est rendu tellement proche".
Autre question à se poser pour prolonger la réflexion : et les autres "temples de Dieu" dont nous parle l’Écriture – la communauté ecclésiale, le prochain (en particulier le pauvre), mon propre corps… ? Et ce temple magnifique qu’est la création, la nature… ? Comment éviter de bafouer la sainte Présence cachée dans ces temples ? Comment faire nôtre et exprimer le respect sans limite qu’Elle réclame, ce respect qui nous grandit ?

Sr Bénédicte Rollin, r.a.
Vilnius - Europe du Nord

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