32e dimanche du temps ordinaire - Sr Sophie Ramond

Ordinaire - Ordinario - Ordinary

Les lectures de ce jour nous présentent deux figures féminines, deux femmes en situation de vulnérabilité. Dans le premier livre des Rois, en raison de l’idolâtrie du roi Achab, le pays est condamné à une longue sécheresse, par la voix du prophète Elie. Ce prophète vient de la Transjordanie et est bientôt lui-même victime de cette aridité qu’il a annoncée. C’est pourquoi le Seigneur l’envoie hors de la Samarie, à Sarepta (actuel Liban) où il lui est promis qu’une veuve le logera et le nourrira. La situation est en réalité paradoxale puisqu’à cette époque les veuves ne vivent souvent elles-mêmes que d’aumônes. Cette femme étrangère répond néanmoins à toutes les demandes de l’homme qui l’interpelle. Il lui demande ce qui est le minimum vital pour vivre : de l’eau et du pain. Elle, malgré son état social particulièrement vulnérable, ne se dérobe pas à la requête de l’inconnu. Dans sa confiance, elle lui donne ce qu’elle a pour nourrir son fils – sa descendance - et elle-même. Elle fait confiance au Seigneur Dieu que sert Elie.

Dans le Temple les scribes, les grands prêtres et les anciens ont mis en question l’autorité de Jésus. Une controverse est née entre eux et Jésus a dénoncé l’attitude hypocrite des scribes qui affiche une attitude cultuelle irréprochable mais oppressent ceux-là même que la Loi demandait de protéger, les classes vulnérables, dont les veuves. Ainsi la femme anonyme qui vient déposer ses deux piécettes est caractérisée par le récit : elle est de celles dont les biens sont dévorés par les scribes, spécialistes des Ecritures, experts en ce qui concerne la loi religieuse. Ceux-là même qui savent avoir le devoir de la protéger lui prennent ce qui lui est nécessaire pour vivre.

S’il y a tout le système de pouvoir auquel Jésus se heurte, il y a donc aussi une femme juste qui dans son dénuement donne tout pour le Temple. Son attitude de se dépouiller de tout son bien, de tout ce qui représente sa subsistance, on pourrait traduire de "toute sa vie", en fait à sa manière une figure de disciple idéal. En écho à 8, 34-35 où il est annoncé que quiconque veut se renier soi-même et sauver sa vie doit la perdre, Jésus présente cette femme qui se dépossède de toutes les ressources qu’elle avait pour vivre. Elle donne sa vie tout entière. Cette femme opprimée et généreuse devient l’image de Jésus qu’on veut exclure de sa maison et qui offre toute sa vie à son Père. Jésus appelle ses disciples et leur indique le signe qu’il vient de recevoir : quelqu’un vit selon la voie qu’il leur trace.

L’évangile nous appelle d’une part à contempler celui qui de toute sa vie va accepter la Passion pour s’offrir "en rançon pour la multitude" et d’autre part à nous demander ce que nos accepterions de risquer pour le Christ.

L’arrière-fond du passage de la Lettre aux Hébreux est la célébration du Kippour, à l’automne. Ce jour-là seulement, le grand prêtre pénétrait dans le Saint des Saints, en présence de Dieu et offrait un solennel sacrifice pour le pardon des péchés d’Israël. Il sacrifiait un animal, ce qui représentait le sort mérité par le peuple pécheur ; mais le contact de ce sang avec l’autel signifiait une reviviscence, un retour à la vie dû à la miséricorde divine. Dans la Passion du Christ, ce symbole est devenu réalité, en un accomplissement définitif, une fois pour toutes. Christ viendra à la fin de l’histoire, pour sauver définitivement ceux qui mettent en lui leur espérance.

En même temps l’épître rappelle que le sort des hommes est de mourir une seule fois… ! Alors, oui, la radicalité de ces deux figures féminines doit nous interroger : que sommes-nous prêts à risquer, à abandonner, à donner… qui morde sur notre vie, qui l’ébranle, qui soit une mort à soi… avec la foi que Christ nous a sauvés ?

Sr Sophie Ramond, ra
Paris-Lemercier, France


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