30e dimanche du temps ordinaire - Sr Sophie Ramond

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La liturgie retient le texte de Jérémie à cause d’une mention de l’aveugle censée éclairer l’épisode de la guérison de Bartimée dans l’évangile. Ce petit extrait appartient à une section du livre de Jérémie souvent intitulée "livret de la consolation" (Jr 30-31). Le prophète envisage le retour des Israélites du Nord, emmenés captifs en Assyrie en 722 avant notre ère. Mais si le texte conserve une actualité à travers le temps c’est peut-être en raison de l’espérance à laquelle il appelle et de l’image du Dieu bon qu’il déploie. L’oracle en effet invite assez curieusement à la louange en même temps qu’il demande d’élever le cri de supplication : Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! La louange anticipe dans la foi le salut espéré ; elle est le signe d’une confiance totale placée en Dieu. Le Dieu auquel il est fait appel est un père pour Israël et il prend soin des membres les plus vulnérables de la société : l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée… Dieu se joue de nos faiblesses ; elles sont la brèche par où peut passer le salut.

Dans la lettre aux Hébreux, l’auteur médite sur le Christ devenu grand prêtre et exerçant sa fonction d’intercesseur auprès de Dieu en faveur des croyants. Il évoque la fonction d’ambassade du Christ, en soulignant la faiblesse d’un Jésus terrestre qui partage notre condition humaine en sa fragilité. Cet aspect lui permet aussi de souligner que la fonction sacerdotale ne relève pas d’un honneur personnel, mais d’une vocation, d’une investiture divine. Le texte évoque alors Aaron, frère aîné de Moïse, ancêtre de tous les grands prêtres en Israël (cf. Ex 28, 1 et Lv 8-9), auquel il oppose une autre figure : Melkisédek. L’épître cite le psaume 110, annonçant un Messie qui sera prêtre pour l’éternité à la manière de Melkisédek, figure de l’envoyé céleste de Dieu. Melkisédek, dont le nom signifie en hébreu roi de justice, apparaît aussi dans le livre de la Genèse, où il est rapporté qu’il apporte pain, vin et bénédiction à Abraham (cf. Gn 14, 18-20). Il est à la fois roi de Salem (Salem vient d’un mot hébreu qui veut dire paix ; c’est peut-être Jérusalem) et sacrificateur, prêtre du Dieu très-Haut. Ainsi, en référence à ces deux textes de l’Ancien Testament, Melkisédek est la figure idéale d’une prêtrise céleste et parfaite. Jésus est grand prêtre selon l’ordre de Melkisédek dans le sens où il est saint et sans péché et célèbre une fois pour toutes le sacrifice de sa vie pour le salut des hommes.

Le contexte de la guérison de l’aveugle Bartimée, dans l’évangile de Marc, est celui de l’incompréhension des disciples sur les conditions pour suivre Jésus. Dans l’épisode précédent, Jacques et Jean faisaient partie du groupe qui suivait Jésus sur le chemin, mais ils rêvaient d’être assis dans la gloire. Le fils de Timée quant à lui est aveugle, il mendie. Il est assis au bord du chemin, dans une posture de résignation, dans la position statique de qui est marginalisé. Bartimée fait, à plusieurs reprises (v. 47. 48. 50. 51. 52) preuve d’initiatives. Il n’hésite pas à braver la foule qui veut s’opposer à sa rencontre avec Jésus. Par deux fois, il répond même de manière amplifiée aux ordres qui lui sont donnés. C’est ainsi qu’il ne se contente pas de se lever, mais bondit pour venir à Jésus, après avoir abandonné son vêtement et qu’il ne se résout pas à s’en aller une fois guéri, comme Jésus le lui suggère pourtant, mais qu’il le suit sur le chemin. Ainsi Bartimée, l’aveugle plein d’initiatives que sa foi a sauvé, illustre l’attitude du véritable disciple. A la fin de l’ensemble du récit évangélique, il reste le seul personnage dont il aura été dit qu’il suivait Jésus, au sens technique de ce terme, sans que quelque défaillance de sa part n’ait été signalée. Il y a donc une opposition entre, d’un côté, la mise en route à la suite de Jésus de celui qui auparavant était statique au bord du chemin, et, de l’autre, l’erreur des disciples qui suivent matériellement Jésus, mais sont encore loin d’entrer dans son cheminement.

Comme il l’avait fait avec les fils de Zébédée Jésus a demandé au fils de Timée : Que veux-tu que je fasse pour toi ? Pour nous c’est un rappel que vivre en amitié avec Jésus, c’est accepté d’être interrogé par ses questions. Chacun d’entre nous doit apprendre à écouter les questions troublantes que Dieu lui pose. Au terme de l’écoute de cet évangile il reste un choix à faire : suivre Jésus comme les disciples mais sans abandonner le désir d’avoir le pouvoir et les honneurs ou s’identifier à Bartimée qui exprime sa foi dans le pouvoir de guérison de Jésus. L’Evangile ne peut être édulcoré, ni la question qu’il nous adresse : que cherches-tu ?

Sr Sophie Ramond, ra
Paris Lemercier, France


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