27 avril 2013 : Mot de Sr Martine, supérieure générale

Jubilé d’or au Collège Ste Monique 2012-2013

Excellence Monseigneur Joachim Ouédraogo, évêque de Koudougou, chers prêtres concélébrants, religieux et religieuses, chers parents, honorables invités, venus de près ou de loin, chers anciennes et anciens élèves, professeurs, élèves présents et équipe éducative de sainte Monique du Centre Technique Assomption, de l’ESPAK, élèves de sainte Monique aujourd’hui, chères anciennes de l’Assomption de Daloa, chères sœurs, Filles du Cœur de Marie, vaillantes pionnières de cette œuvre d’éducation, chères sœurs de l’Assomption, présentes ou absentes, en particulier celles qui ont pris le relais à la suite des Filles du Cœur de Marie - et nous pensons de façon spéciale à Sr Nicole Joseph qui nous a précédés chez Dieu - chère Sr Inès que nous célébrons également en ce jour, à vous tous et toutes, j’adresse mes fraternelles salutations dans le Seigneur, notre Dieu, et en Mère Marie Eugénie, notre Fondatrice, qui se réjouit d’être avec nous ce matin. Que la paix du Seigneur soit avec vous !

L’événement qui nous a réunis depuis quelques jours est si important que je ne peux cacher ma joie d’être témoin de tout ce que j’ai vu et vécu depuis le lundi 22 avril. Je sais que les discours sont fatigants, mais je me dois d’honorer la parole qui m’a été donnée pour vous saluer et vous partager ce que représente ce jubilé pour moi, pour nous. Je voudrais donc commencer par vous raconter une histoire ou deux, ayant trait à l’éducation, que nous fêtons aujourd’hui.


1. Des histoires pour commencer

Il y a avait, dans un quartier de Ouagadougou, un garçon qui ne s’intéressait pas à l’école. Il préférait aller fouiner dans les maisons des voisins et n’en ressortait pas les mains vides. Quand presque toutes les maisons furent visitées, les mamans du quartier qui l’avaient parfois surpris chez elles s’en plaignirent à sa maman. Celle-ci prit la défense de son fils en disant : « C’est un enfant ! Mon fils n’est pas un voleur. » Et l’une des mamans, excédée, fit ce commentaire : « Si une mère ne veut pas faire pleurer son enfant, c’est l’enfant qui la fera pleurer un jour. » De fait, le garçon devenu un bandit des grands chemins, fit pleurer sa maman pendant ses multiples séjours en prison, comme sainte Monique qui pleura saint Augustin, pas pour les mêmes raisons. Il mourut à sa dernière sortie de prison, entre les bras de sa mère. En pensant à ce que je pouvais vous dire, cette histoire s’est imposée à moi, et j’ai réentendu comme une vérité ce que disait la dame qui s’était sentie lésée : Lorsqu’une mère ne veut pas faire pleurer son enfant, l’enfant peut la faire pleurer un jour. Cependant, je sais aussi que même avec des corrections et une bonne éducation, certaines mamans n’ont pas pu éviter de pleurer à cause de leurs enfants. En effet, que de parents n’ont-ils pas tout mis en œuvre pour leurs enfants qui les ont déçus !

Et voici la deuxième histoire :

Il s’agit d’un jeune professeur d’une de nos écoles au fin fond des Philippines qui, depuis son enfance, a voulu être fermier. Il a eu la chance de faire des études secondaires et supérieures et il est devenu enseignant sans avoir renoncé à son premier désir. Après ses études, il a dû discerner à nouveau ce qu’il devait faire. Il a choisi de donner la moitié de son temps à l’enseignement pour manifester sa reconnaissance à ses éducateurs et partager ce que lui-même avait reçu. Il enseigne donc dans le petit collège du village où il avait étudié tout en s’occupant de ses terres et de ses bêtes. Il est donc un professeur fermier ou un fermier professeur. Et fier de l’être. Il est surtout heureux de servir les gens de son village. En plus, il s’est engagé à payer les études d’un jeune jusqu’à la fin de son secondaire, et à recommencer avec un autre jeune, tant qu’il aura les moyens ; lui aussi avait pu étudier grâce à une bourse.

Ces deux histoires, qui semblent sans lien avec ce que nous célébrons, ne nous en éloignent pas vraiment. Elles nous parlent d’éducation, comme ce collège qui en est un lieu éminent. Elles sont des exemples d’éducation et de manque d’éducation.

2. Une histoire d’éducation

Ces deux petites histoires me permettent de situer mon propos. Elles évoquent ces nombreuses et belles histoires des femmes et des hommes qui sont passé(e)s par cet établissement, signe d’une éducation réussie et, je l’espère, de vies réussies. Elles sont des exemples concrets qui parlent de responsabilité et de collaboration de la part de tous les protagonistes de l’éducation. Nous sommes tous et toutes dans la même barque, éduqués comme éducateurs, solidaires de la même histoire, complémentaires les uns des autres.

Aux jeunes générations que nous, adultes, avons à éduquer, nous devons transmettre, pas seulement des savoirs, mais une sagesse de vie ; pas seulement des connaissances, mais une culture, une expérience, afin qu’elles puissent prendre leur envol dans la vie. Nous le savons, l’éducation est toute une histoire et une philosophie, et l’histoire de l’éducation est truffée d’histoires particulières qui ne sont pas toutes des réussites (cf. 1ère histoire).

Ce Jubilé nous donne l’occasion de célébrer toutes nos histoires particulières à travers l’histoire de cette école qui nous est si chère, une école qui a contribué à façonner la vie de toutes celles et ceux qui sont passés par là ou qui y sont encore. Nous sommes là pour rendre grâce au Seigneur et lui confier nos destinées. Lui seul, plus que nul autre, peut les conduire de sa main amoureuse1. Je lui rends particulièrement grâce de m’avoir appelée à son service grâce à la rencontre des Religieuses de l’Assomption à qui Il a confié, par l’intermédiaire de l’Eglise, une mission d’éducation.

3. L’histoire de l’éducation

L’histoire de l’éducation est une histoire de courage, de persévérance, de détermination. Il faut vraiment du courage pour être soi-même, et pas comme tout le monde. Il faut de l’audace pour choisir et réaliser sa vocation propre (cf. 2ème histoire). Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il faut savoir où l’on veut aller, mais à coup sûr, il faut vouloir arriver quelque part, il faut avoir le désir de réussir sa vie, même si l’on ne sait pas quelle forme prendra cette réussite.

L’histoire de l’éducation est l’histoire d’une transmission qui commence en famille, avant d’être relayée par d’autres personnes tout au long de notre chemin, camarades, professeurs, amis, inconnus etc. Mais chacun(e) reste le/la principal(e) acteur/actrice de son éducation. Et le mieux, c’est de le comprendre le plus tôt possible. Nous n’avons pas tous la même intelligence, mais nous pouvons tous réaliser au moins une partie de nos rêves. Il se peut que nous soyons contraints de les reconsidérer, mais sans jamais renoncer à ce brin de folie qui nous permet d’oser et même d’arriver à notre fin.

L’histoire de l’éducation au collège sainte Monique s’inscrit dans la grande histoire du peuple de Dieu qui, le premier, a usé avec l’humanité d’une belle et patiente pédagogie, empreinte d’amour. La célébration de ce Jubilé est pour nous une invitation à prendre notre part de responsabilité en vue de la réalisation du rêve de Dieu sur l’humanité et l’achèvement de son projet sur chacun(e) de nous.

En éduquant d’autres personnes, nous poursuivons notre propre croissance, jamais achevée, et donc toujours perfectible, jusqu’à la réussite voulue par Dieu, qui sera peut-être visible ou reconnue à notre mort.

4. Une vie réussie 

Chacun(e) de nous peut se demander ce qu’est la réussite pour lui/elle. Pour ma part, je dirais qu’une vie qui veut être une réussite est une vie qui accepte de se recevoir comme un don et de s’inscrire dans une histoire. C’est pour cela que nous avons voulu faire mémoire des pionniers et pionnières, depuis le début de cette célébration commencée officiellement en novembre dernier. Sœur Ines est une de ces pionnières. Tous et toutes ont apporté leur part à notre éducation. Il est bon de nous souvenir de toutes ces personnes qui nous ont aidés et accompagnés.

Une vie qui veut être une réussite est une vie pleine de reconnaissance pour tout ce qu’elle a reçu. Prenons le temps de penser à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont marqué nos vies d’une empreinte indélébile, pendant notre séjour dans cet établissement, et de laisser monter notre gratitude à leur égard dans le silence de notre cœur.

Une vie réussie est une vie qui se rend utile aux autres, une vie qui s’ouvre sur l’avenir. D’autres ont préparé le nôtre ; ils ont eu le courage de commencer sans savoir où cela les mènerait. A nous de continuer. Ils ont été des modèles pour nous. L’avenir à construire, notre histoire à-venir, exige que nous soyons porteurs et transmetteurs d’espérance, et surtout comme disait le Pape François, que nous ne nous laissions pas voler notre espérance.

Il me semble enfin, que pour que nos vies soient réussies, il faut qu’elles aient du sens pour nous et qu’elles soient au service des autres. Notre joie viendra de notre engagement à donner du bonheur aux autres. Chaque fois que quelqu’un arrive à vivre la vocation-mission qui est la sienne en la mettant au service des autres, il a réussi sa vie, parce qu’il a trouvé ce qui lui donne sens. Car on n’existe pas pour soi tout seul mais pour les autres. Cependant, personne n’est dispensé des difficultés inhérentes à toute vie humaine.


Je conclus en reprenant cette parole de notre Fondatrice, sainte Marie Eugénie : "Personne plus que nous n’a été fondé en vue de cette société de l’avenir dont nos vœux hâtent la venue…." Parole prétentieuse pourrait-on penser, mais surtout parole interpellante qui continue de nous mettre au défi de répondre aux besoins de nos sociétés par une éducation de qualité. C’est ce défi que je laisse à notre Collège sainte Monique en ce jour. Par l’éducation, nous nous développons nous-mêmes et nous participons à la construction de notre pays et du monde. Cela ne sera possible qu’avec une vision et une transmission des valeurs. C’est cette société de l’avenir et de toujours que proclamait déjà notre Seigneur Jésus-Christ en nous donnant les béatitudes (Mt 5, 1-11). Quand il nous dit : "Heureux les pauvres de cœur…, heureux les doux…, heureux les affamés de justice et de paix…", Nous devons entendre : "Sois pauvre de cœur", "Sois doux", "Sois artisan de paix et de justice" etc...

Pour travailler à la transformation de la société, nous pouvons également faire nôtre cette conviction du Mahatma Gandhi qui personnellement m’aide dans le quotidien : "Sois le changement que tu veux voir dans le monde (Be the change you want to see in the world).
Tournés vers l’avenir et vers le prochain Jubilé, dans 25 ans, soyons des agents du changement que nous voulons voir advenir dans nos familles, nos communautés, notre pays et dans le monde.

Que le Seigneur nous donne d’être comme Lui, des visionnaires, des témoins et des modèles, mieux, des "indicateurs de chemins", capables de communiquer leur enthousiasme, de donner aux autres le désir de grandir, de vivre dignement et d’être ce qu’ils/elles sont2, avec une saine fierté.

Heureux jubilé à sœur Inès, heureux jubilé à chacun et chacune de nous et rendez-vous dans 25 ans, en 2037, pour le Jubilé des 75 ans, si Dieu nous prête vie !

Sœur Martine Tapsoba, ra
Supérieure Générale

Koudougou, le 27 avril 2013


1 "C’est Dieu qui conduit tout, et jamais main plus amoureuse ni plus sage ne saurait conduire nos destinées." (Sainte Marie Eugénie de Jésus, Fondatrice des Religieuses de l’Assomption) 

2 "C’est une folie de ne pas être ce que l’on est, avec le plus de plénitude possible.", id.

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