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25e dimanche du temps ordinaire - Sr Bénédicte Rollin

Année liturgique 2013-2014 [A]

Une justice divinement surprenante

Aujourd’hui nous lisons la fameuse parabole sur les ouvriers de la 11ème heure, un texte qui donne du fil à retordre aux prédicateurs ! Les auditeurs de notre temps et de tous les temps ne peuvent qu’être choqués par le fait que le propriétaire de la vigne ne respecte en rien la règle de bon sens et de justice : « à travail égal, salaire égal ». Il semble bien que Jésus se fait ici délibérément provocateur, comme, à vrai dire, dans la plupart de ses paraboles… Que veut-il nous faire comprendre par l’histoire de ce jour ?

Le contexte nous donne une ligne d’interprétation utile. La parabole est donnée en chemin, aux disciples qui, après le retrait du jeune homme riche viennent de réaliser qu’ils ont beaucoup quitté pour suivre Jésus. Celui-ci leur promet de fait une récompense royale (Mt 19,27-29), mais après avoir rappelé que le fait même de le suivre est un fruit de la grâce « impossible aux hommes, mais possible à Dieu » (Mt 19,26). Après la parabole vient la troisième annonce de la Passion-Résurrection et la question des fils de Zébédée qui, se sentant sans doute particulièrement méritants, réclament des places d’honneur dans le Royaume (Mt 20,20-28)… Or la parabole nous parle de l’embauche, du travail et du salaire reçu en récompense du travail. Les disciples que Jésus a invités à le suivre et à travailler avec lui (Mt 10) sont invités à regarder leur engagement pour le Royaume et le travail qu’ils fournissent à la lumière de Jésus et non à la manière du monde. Il ne peut être question de donnant-donnant ni de mérites, car ils suivent le Serviteur qui a lui-même tout livré gratuitement (Mt 20,18.28). « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dira St Paul (1Cor 4,7). Demeurer un peu là-dessus dans la prière peut nous aider à résister à la tentation toujours renaissante de calculer nos mérites !

Une autre ligne d’interprétation vient en regardant attentivement le personnage du maître du domaine qui évidemment ici représente Dieu. C’est quelqu’un d’actif et même de passionné : il sort de bon matin, puis à plusieurs reprises pendant la journée, toujours pour chercher des ouvriers. Quelle passion pour sa vigne ! Une passion qu’il semble vouloir faire partager au plus grand nombre possible : « Allez, vous aussi, à ma vigne ! ». Il a aussi le souci de ceux qui sont restés toute la journée sans rien faire. Le travail serait-il donc si nécessaire, non seulement pour la vigne même, mais aussi pour les ouvriers ? Quelle passion animait Jésus quand il appelait ses disciples ? Quel zèle veut-il allumer en nous, qui risquons toujours de tomber dans une mentalité de fonctionnaires consciencieux ?

D’autre part ce propriétaire s’engage et tient ses promesses. Il paie, généreusement déjà les premiers appelés, et superbement les derniers. Les uns savaient ce qui les attendait, les autres pas : « Je vous donnerai ce qui est juste », avait seulement dit l’employeur. La justice se révèle donc à la fin, étonnante, divinement surprenante ! La justice de Dieu est gratuité, elle est grâce (cf. Rm 3,24 ; Eph 2,4-8). Il nous faut reconnaître de plein cœur que l’embauche est grâce, le travail est grâce, la récompense est grâce, elle est même démesurée. « Je suis bon », dit tout simplement le maître à la fin, invitant l’ouvrier à changer son « regard mauvais ». Message similaire à celui de la parabole dite de « l’Enfant prodigue » qui se termine par l’invitation faite au fils aîné d’entrer dans la fête de l’amour gratuit. Demandons la grâce d’entrer dans les vues de Dieu qui ne sont pas les nôtres (cf. 1ère lecture) !

Sr Bénédicte Rollin
Vilnius, Europe du Nord

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