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2 novembre 2014 - Sr Bénédicte Rollin

Année liturgique 2013-2014 [A]

Dieu, lui, n’a pas fait la mort ! (Sg 1,13)

En ce jour nous pourrions faire la lectio sur le texte de la Sagesse proposé en 1ère lecture par AELF, en le prenant dans son contexte, c’est-à-dire qu’il vaut la peine de lire les 5 premiers chapitres du livre (ou du moins Sg 1,12-3,9), dont seul un très bref passage est donné dans la liturgie. Ces chapitres sont une réflexion du judaïsme tardif (1er siècle avant JC) sur la mort. La foi en la vie après la mort est clairement affirmée, contrairement à d’autres passages de l’Ancien Testament. Ce qui est intéressant pour nous est que cette réflexion se fait dans un contexte matérialiste, en réponse aux opinions répandues dans les milieux païens où vivent le juif hellénisé auteur du livre. Ce contexte est proche du nôtre aujourd’hui.

Lisons donc ce que proclament ceux que l’auteur appelle les "impies" : nous sommes nés par hasard, la vie est courte, elle s’éteint avec la pensée et la mort corporelle (2,1-5). Quelles conséquences pratiques de cette vision qui écarte l’idée d’un Créateur et d’un sens ultime à la vie ? Carpe diem ! Profitons de la vie tant qu’on est jeunes, cherchons à accumuler le plus possible de plaisirs (2,6-9). Autre conséquence, qui semble logique : le règne du plus fort, l’écartement de tout ce qui gêne et qui est inutile, comme les pauvres et les personnes âgées (2,10-11). Et ensuite vient la persécution du juste qui est un reproche vivant, dont "la vie ne ressemble pas à celle des autres" et qui se prétend fils de Dieu (2,12-20).

Un matérialisme et un hédonisme absolus, menant à l’intolérance, au mépris du faible et à l’euthanasie… On n’est pas loin de la culture de mort dénoncée par Jean Paul II. "La fascination de la frivolité obscurcit les vraies valeurs" (4,12)…

Le diagnostic de l’auteur, c’est que les impies font un "pacte avec la mort". Ils ont écarté Dieu qui, lui, "n’a pas fait la mort" (1,13), qui "a créé tous les êtres pour qu’ils subsistent"(1,14), qui "a créé l’homme pour qu’il soit incorruptible et l’a fait image de ce qu’il possède en propre" (2,23).

A la lumière de la Foi en ce Dieu de Vie, la mort change de signe (chap. 3 et 4). Ceux qui se fient en Dieu dans cette vie "sont dans la paix" (3,3), ils sont comme un holocauste agréé (3,6), ils resplendiront, ils demeureront avec Dieu (3,6.9). La vie aussi change de signe : insuccès, malheurs, stérilité, mort prématurée ne sont plus forcément négatifs.

A quelles attitudes spirituelles nous invite ce texte ?

1. Au-delà des jugements sans appel et d’une vision qui peut paraître un peu manichéiste, nous entendons une invitation forte à prendre position. En pensée, en parole et en action il y a mille manières de « faire un pacte avec la mort », d’être son complice. Il faut du discernement pour les repérer, car nous sommes anesthésiés par l’évidence tranquille du matérialisme, au moins pratique, qui s’est imposée dans la culture occidentale. Ce texte répète l’appel urgent qui retentit en Dt 30, 15-20 et ailleurs dans la Bible : "choisis la vie !" ». Il y a aussi mille manières de le faire…

2. Lire le passage sur le juste confiant et persécuté (2,12-20) en contemplant le Christ, à la lumière des deux autres lectures de ce jour : le Christ qui a fait le choix d’entrer dans la mort, de s’abandonner au Père, d’être le grain qui meurt, Lui nous apprend à choisir la vraie vie.

3. En ces jours où nous visitons, au moins en pensées, ceux qui nous ont quittés, ce texte nous invite à vivre le deuil et la séparation autrement, dans la certitude que "Dieu n’a pas fait la mort, mais qu’il a créé tous les êtres pour qu’ils subsistent".

Sr Bénédicte Rollin,ra
Vilnius, Lituanie - Europe du Nord

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