1er dimanche de carême - Sr Bénédicte Rollin

Carême - Lent - Cuaresmo

Le début du texte est abrupt : à peine avons-nous quitté les bords du Jourdain où le Fils Bien Aimé nous est révélé dans son intimité avec le Père et l’Esprit, et voilà que ce même Esprit, qui apparaît si doux lors du Baptême sous l’apparence d’une colombe, "pousse" maintenant (le verbe est presque brutal en grec) Jésus au désert.

 
Première question sur laquelle on peut s’arrêter : pourquoi cet envoi, pourquoi cette épreuve ?
Il peut être bon ici d’aller voir ce que nous dit l’épître aux Hébreux sur ce mystère de l’épreuve de Jésus. L’auteur nous dit : « Nous n’avons pas un grand prêtre qui serait incapable de compatir à nos faiblesses, mais éprouvé en tous points à notre ressemblance » (Hb 4,15). Le Christ est en vérité « atteint de tout côté par la faiblesse » (cf. 5,2) et l’épître nous parle de ses larmes et de ses cris de détresse à l’heure de l’agonie (cf.5,7). Ce chemin de faiblesse extrême est un choix : le choix de Dieu de nous donner un grand prêtre miséricordieux qui, ayant partagé en tout la condition humaine (2,14), « ayant lui-même souffert l’épreuve, est capable de porter secours à ceux qui sont éprouvés » (cf.2, 17-18). Mt et Lc, dans leur version du passage de Jésus au désert, détaillent cette épreuve et montrent en quoi elle est celle du peuple d’Israël et celle de tout homme : Jésus a fait l’expérience de la faiblesse d’un corps tourmenté par la faim obsédante, il a connu aussi les tentations plus subtiles de la recherche de reconnaissance et de l’appétit de pouvoir. Le combat a été réel et rude. Et il ne s’est pas limité aux quarante jours dans le désert. Les évangiles nous montrent Satan parlant par la bouche de Pierre à la première annonce de la Passion : « non ! Si tu es le Messie de Dieu tu ne peux pas souffrir et mourir ! » (cf. Mc 8,32 et par.). A l’heure de la suprême faiblesse, dans la souffrance physique et morale de la croix, c’est le même combat : « Si tu es le Fils de Dieu, le Messie, descends de la croix ! » (cf. Mc 15,30 et par.) Premier moment donc, évoqué de manière concise par Mc : le combat de Jésus, assumant notre faiblesse.
 
Un deuxième moment du court récit de Marc invite à la réflexion : que viennent faire ici les animaux sauvages  ?
On comprend encore que les anges interviennent, mais pourquoi cette mention des bêtes ? Deux pistes pour notre réflexion : d’une part ces bêtes évoquent notre propre animalité, ce chaos menaçant qui affleure parfois dans nos réactions non contrôlées et dans nos agressivités injustifiées. Le récit nous montre alors l’harmonie intérieure de Jésus et sa parfaite maîtrise de son humanité pourtant semblable à la nôtre. Une telle harmonie, une telle paix, une telle maîtrise de la tentation de pouvoir, que les animaux s’approchent sans peur. Cela rappelle des témoignages sur François d’Assise, Antoine de Padoue, Colomban, ou, plus près de nous, Séraphin de Sarov. Un univers réconcilié où la violence est vaincue… Cela rappelle surtout, et cela semble être l’intention de Marc, l’harmonie première de la Création (cf. Gen 1). Jésus, le Fils revêtu de l’Esprit est celui que saint Paul appelle le Nouvel Adam. En lui adviennent les temps messianiques évoqués par Isaïe, où le loup habitera avec l’agneau (cf. Is 11). Cette harmonie est aussi une invitation pressante pour nous et un don que le Fils Bien Aimé, notre frère, peut nous offrir.
 
Victoire dans la faiblesse acceptée, douceur dans le combat, voilà des lignes de crêtes que nous propose l’Evangile de ce jour pour le Carême.
 
Soeur Bénédicte Rollin, ra
Vilnius, Province d’Europe du nord

 


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