19e dimanche du temps ordinaire - Sr Sophie Ramond

Ordinaire - Ordinario - Ordinary

 

Les textes de ce dimanche nous présentent deux figures de rencontre avec Dieu. La première est celle d’Elie, que poursuit la reine Jézabel de Samarie parce qu’elle soutient le culte païen de Baal qu’il combat. Elie la fuit et traverse ainsi le pays en direction du sud jusqu’à l’Horeb (le Sinaï). Découragé il se réfugie dans une caverne et en cette circonstance est mis en présence de trois éléments cosmiques : l’ouragan, le tremblement de terre et le feu. Or dans ces phénomènes qui avaient pourtant accompagné la venue du Seigneur au Sinaï (Exode 19, 16-18), Dieu n’est pas présent. Elie ne peut rencontrer Dieu dans la tempête qui pourrait lui rappeler Baal, divinité de l’orage. De plus, la force des éléments cosmiques est sans commune mesure avec la faiblesse de la voix dont l’identité est à découvrir. Elie doit apprendre à discerner pour entendre la parole. Et ce qu’il entend, en définitive, c’est une voix qui résonne dans le silence. C’est une voix de fin silence… Pour Elie, Dieu se révèle dans une intimité qui doit guérir son doute, dans l’exercice d’un discernement d’une parole de fin silence.
 
Dans l’évangile, la marche de Jésus sur les eaux a un sens christologique : en marchant sur les eaux, le Christ de Matthieu agit avec la puissance et l’autorité de Dieu dans l’Ancien Testament (cf. Ps 46, 2 ; 65, 7 ; 77, 20…). Cette démonstration de puissance a un sens sotériologique : c’est pour approcher et venir en aide à la communauté menacée que Jésus marche sur les eaux. Or l’apparition de Jésus, qui devrait aider les disciples en difficulté, provoque paradoxalement leur effroi. Ils croient en effet se trouver devant l’apparition d’un esprit ou d’un fantôme. Alors même que les disciples devraient être réconfortés par la rencontre avec le Ressuscité, ils sont ébranlés. Leur peur est une défaillance de la foi.
Jésus s’approche d’eux. Par sa présence, il vaut les libérer de la peur qui paralyse leur foi. A cet effet, il se donne à reconnaître : ayez confiance, c’est moi. Pierre prend alors la parole. Il demande à Jésus l’autorisation de le rejoindre sur les eaux. Cette prière est-elle l’expression du doute qui demande une preuve matérielle ou le reflet de la confiance retrouvée ? C’est sans doute la seconde hypothèse qui est la bonne : Jésus a dissipé la crainte des disciples et Pierre appelle Jésus Seigneur ce qui dénote une confession de foi. La prière de Pierre est une prière faite dans la foi et elle est celle du disciple qui désire rejoindre son maître.
Jésus habilite Pierre à faire ce que lui-même est en train de faire : à marcher sur les eaux. Il lui donne de partager sa puissance. Par sa parole toute-puissante, il prend l’initiative de faire du disciple croyant son égal : Pierre marche sur les eaux et vient à la rencontre de Jésus. C’est par la seule vertu de sa foi ou parce qu’il s’en remet totalement à Jésus qu’il peut le faire. Il suffira donc que cette relation soit perturbée pour que sa puissance à marcher sur les eaux disparaisse. De fait, en voyant le vent Pierre a peur et cette crainte l’emporte sur sa confiance dans la puissance que Jésus lui accorde. Il coule. Alors que la marche de Pierre sur les eaux attestait sa foi, son naufrage révèle son incroyance. Mais il s’agit d’une incroyance paradoxale, car, alors même qu’il s’enfonce dans les eaux pour avoir cessé de s’en remettre à Jésus, c’est lui que Pierre appelle au secours.
A cette seconde prière de Pierre, Jésus répond par un geste et une parole, les deux éléments formant un tout indissociable. Pour secourir Pierre, Jésus étend la main. En le sauvant d’un naufrage sans retour, il lui montre l’inanité du doute, lui apprend que la relation du maître et du disciple n’a pas son fondement solide dans la foi du disciple mais dans la fidélité du maître. Il le sauve en lui tendant la main et lui révèle la cause de son échec : Pierre est de peu de foi. Son incrédulité consiste dans le doute et la peur qui l’assaillent lorsque l’épreuve survient : sa foi est trop petite face à l’épreuve.
La scène entre Pierre et Jésus illustre donc la grandeur de la promesse accordée à la foi (Pierre marche sur les eaux), mais elle ne dissimule pas l’incapacité du disciple à s’en tenir à cette promesse lorsque survient la tentation (Pierre coule). Elle montre la grandeur et la misère de la condition du disciple.
 
Ces rencontres avec Dieu, avec le Christ, ne peuvent isoler le croyant de ses frères et sœurs. A sa façon Paul nous le rappelle : pour que ses frères de race accèdent à la foi chrétienne, Paul préférerait, si c’était possible, perdre son propre salut, être séparé du Christ. Mais c’est impossible, puisque rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ (Rm 8, 35).
 

Sr Sophie Ramond, ra
Paris-Lübeck - Province de France

 


À voir sur le web

Dans la même rubrique


Ajouter un commentaire



Informations légales

Ce site est édité par "Religieuses de l’Assomption" :

Ecusson
  • Religieuses de l’Assomption - 17, rue de l’Assomption 75016 Paris - France
  • Tél +33 (0) 1 46 47 84 56
  • Fax + 33 (0) 1 46 47 21 13

S'inscrire à l'info-lettre