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14e dimanche - Sr Bénédicte Rollin

Année liturgique 2012-2013 [C]

 Echec ou réussite ?

Le premier verset du texte, quelque peu solennel, peut retenir notre attention : "Le Seigneur désigna soixante douze autres disciples et les envoya deux par deux…" L’évangélisation nait ainsi non d’un projet humain, mais de l’appel personnel fait par le Seigneur lui-même et de l’envoi en équipe où on ne se choisit pas. Il est important dans une vie de "professionnel de la pastorale" de revenir à ce point de départ. On peut se rappeler l’autre moment (Lc 6,12+) où Jésus a commencé à "recruter ses collaborateurs, les douze, après une nuit de prière. Il faut prier le Maître de la moisson, comme l’a fait le Fils lui-même, ce qui nous met dans une dépendance radicale vis-à-vis de Dieu. D’autant que dans la mission il s’agit essentiellement de précéder Jésus qui vient lui-même. L’œuvre apostolique nait donc d’un effacement dans la prière, d’un envoi gratuit, et s’achève dans l’effacement devant un Autre. Le messager, si précieux qu’il soit aux yeux de Jésus lui-même (et si important à nos propres yeux !), est bien relativisé.

Après cela vient un moment inconfortable dans le texte. D’une part il est annoncé que la tâche est démesurée : "la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux"… jamais on n’aura assez de forces. En plus du manque de bras, il y a un départ perdant : des agneaux au milieu de loups n’ont aucune chance. Jésus ajoute même que ces agneaux, déjà si vulnérables, doivent voyager léger, sans assurance, sans moyens, sans même compter sur les relations humaines sécurisantes : "ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations…". Peut-être qu’au moins le produit à vendre est irrésistible ? Même pas : les messagers de paix peuvent être accueillis, mais ils peuvent aussi être rejetés.

Que faire de tels versets ? Peut-être faut-il se laisser « provoquer » par ces paroles de Jésus, et qu’en nous leur fasse écho des souvenirs de découragement, de peur, de pessimisme, d’échec. Revenir sur ces moments difficiles devant Lui, qui envoie avec confiance, et non devant notre conscience qui juge, évalue, calcule de façon si humaine en termes d’échec et de réussite. Après tout le Seigneur sait ce qu’il fait !

Et quel est l’objet de l’annonce ? Il tient en une petite phrase répétée deux fois : "Le Royaume de Dieu est tout proche !" Il ne s’agit pas d’une doctrine mais d’un Acte de Dieu et cet acte s’inscrit dans un geste prescrit aux messagers : guérir les malades. Annonce et diaconie, Parole et expérience, indissolublement liées, comme dans tout la Bible sont liés la Révélation et le Salut.

Le lectionnaire nous fait ensuite sauter quelques versets et aboutit au résultat de cette mission kamikaze : la réussite ! Les messagers reviennent tout joyeux : "même les démons nous sont soumis en ton nom ". On peut être tenté de se dire : "ça a marché pour eux, mais pas pour nous…" Mais que veut dire échec ou réussite ici ? L’évangile nous invite à tout voir sous un autre angle. Il s’agit du Règne qui vient avec puissance, une puissance qui ne dépend pas de nous, et dont nous sommes les serviteurs inutiles, incompétents sans doute, mais heureux : "Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux".

Sr Bénédicte Rollin, ra
Vilnius, Lituanie - Europe du Nord


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