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10 mars 2017 : Notre vocation comme une rencontre

Soeur Martine Tapsoba


Lettre de Sœur Martine Tapsoba, supérieure générale, pour le 10 mars 2017


"Quand un être est passé tout entier dans la volonté de Dieu, il n’a plus rien à désirer ;
Dieu le possède et il possède Dieu."

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Chers frères et sœurs,


Cette année, la fête de sainte Marie Eugénie prend une tournure jubilaire car nous ne pouvons pas parler du Bicentenaire de sa naissance sur la terre sans faire le lien avec sa naissance au Ciel ni avec le 10ème anniversaire de sa canonisation que nous célébrerons d’une manière spéciale le 3 juin prochain. Quand Dieu donne, c’est toujours abondamment. En contemplant la trajectoire de Marie-Eugénie, que nous connaissons chaque fois un peu plus, nous sentons monter en nous l’action de grâce pour cette femme que le Seigneur nous a donnée comme Mère et comme Sœur aînée pour toute l’Assomption.


L’annonce du Bicentenaire nous a mis en route de manière décisive depuis la fête de la Fondation en 2015 . Nous vous invitions alors à célébrer nos vocations propres comme un don-, puis comme un chemin, en 2016, avant de les recevoir comme une rencontre en cette dernière étape. C’est donc sous l’angle de la rencontre que j’aimerais nous inviter à réfléchir et à méditer durant le temps qui nous sépare de la célébration de clôture du Bicentenaire, davantage adressée aux jeunes qui viendront du monde entier.


Nés à la vie grâce à une rencontre, celle de nos ses parents, nous découvrons notre vocation grâce à la rencontre de témoins qui ont encouragé notre désir d’être à Dieu et de vivre notre foi pour devenir à notre tour les témoins de son amour. Nos existences mêmes et nos journées sont rythmées par des rencontres qui nous font découvrir les joies et les difficultés de notre option pour Dieu. Le chemin de l’humanité, celui de sainte Marie-Eugénie et les nôtres, sont une histoire de rencontres plus ou moins réussies par lesquelles nous apprenons la vie.

1- Une vie tissée de rencontres


Chacune de nos existences porte la marque de l’éducation reçue de nos parents et de nos proches, avec ses grâces et ses manques. Dans le meilleur de celle de Marie-Eugénie, dans ce qu’elle a reçu dès son enfance, se dessinaient déjà quelques traits de ce qu’allait être l’Assomption. C’est un don que nous allons célébrer une fois de plus en rendant grâce pour ses parents, pour l’éducation dont elle a bénéficié, avec ses réussites et ses failles. Les manques qu’elle a ressentis ne l’empêcheront pas de marcher dans la vie, de grandir en humanité et d’oser la sainteté. C’est le signe que même nos blessures ou nos fragilités sont des brèches où peut passer la grâce. Sainte Marie-Eugénie a accueilli sa personnalité, avec ses ombres et ses lumières, dans une grande lucidité. Elle a su poser sur elle-même un regard de vérité, se laisser aider et accompagner en chemin vers la réalisation de sa vocation. Que de personnes dans nos différents pays ne se sont-elles pas retrouvées dans son expérience, y puisant des ressources pour vivre la leur !


Hormis la vie de famille où Marie-Eugénie a vécu tant de rencontres humaines, la première rencontre fondatrice de sa vocation eut lieu avec le Seigneur, lors de sa première communion, à Noël 1829. Elle fait l’expérience de la grandeur de Dieu et de son amour pour elle, un amour prévenant qui l’a soutenue tout au long de sa vie. Adolescente, alors qu’elle se pose des questions essentielles sur le sens de l’existence, elle trouvera dans la parole du Père Lacordaire un éblouissement qui ouvre la porte sur une relation personnelle et profonde avec le Christ. Puis vient l’Abbé Combalot, - don de Dieu - avec la mission de commencer la Congrégation, très vite remise entre les mains de Marie Eugénie et des premières compagnes qu’il lui a trouvées. L’Abbé Combalot la présente lui-même à son ami le Père d’Alzon sur qui elle s’appuiera plus tard, après la rupture avec le Père fondateur. Cette rencontre-là, une des plus marquantes, l’accompagnera jusqu’à la mort du Père d’Alzon en 1880.


L’expérience de Marie-Eugénie auprès des Bénédictines du Saint Sacrement, puis son séjour chez les Visitandines de La Côte-Saint-André, sont autant de moments qui ont laissé des traces sur la jeune Fondatrice ; ils auront un impact certain sur la vie de l’Assomption. La congrégation a aussi pu commencer grâce à l’arrivée d’autres sœurs, dont Mère Thérèse-Emmanuel que nous célébrons conjointement avec Marie-Eugénie cette année. Nous voulons, à travers cette célébration, nous laisser inspirer par le cheminement fraternel qui les a unies au long des années et s’est affermi dans l’amitié, grâce à l’apprentissage persévérant de l’amour. Entre les premières sœurs s’est exprimée sans détour une réelle amitié, comme en témoignent ces mots de Marie-Eugénie à sœur Marie-Augustine : « Chère fille, c’est votre amitié qui m’arrache tout cela, je sens que vous êtes occupée de moi, et je m’y laisse aller avec bonheur. Si vous saviez combien toutes les expressions de votre amitié et de l’amitié de nos sœurs m’ont touchée profondément ici ». Ainsi de sœur Marie-Augustine à toutes celles qui sont venues à l’Assomption par la suite, une série de rencontres ont enrichi la vie de Marie-Eugénie, la soutenant dans sa longue mission de Fondatrice et de Mère de l’Assomption. Ce rappel succinct et sélectif de notre histoire est une invitation à prendre dans notre action de grâce le grand réseau de relations qui a fait de Mère Marie Eugénie la femme que nous aimons, admirons et célébrons en ce jour. 


Sa vie témoigne de sa grande capacité de relation avec toutes ses sœurs et avec les gens du monde extérieur. A tous, elle a apporté la richesse de son être et a su se laisser éclairer par eux.

2- Chaque rencontre est une lumière…


Au long des jours, le Seigneur nous donne la grâce d’entrer en contact avec une multitude de personnes. Avec certaines, la relation est bonne tandis qu’avec d’autres, nous pouvons avoir la tentation de nous dérober. Or, dans nos cercles de vie, nous sommes appelés à créer des liens, aussi minimes soient-ils, avec tous, comme nous sommes appelés à le faire aussi avec les plus lointains, que nous rencontrons occasionnellement. La relation juste envers les personnes, nous dit le Pape François, « consiste à reconnaitre avec gratitude leur valeur… Car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. »
Chaque rencontre vécue avec vérité peut se révéler être une lumière pour nous. On apprend toujours en s’approchant des autres, en se mettant à leur écoute et à leur école. Les rencontres sont des lieux où Dieu nous parle, laissant apparaître un aspect de son être, un trait de son visage.


Les vraies rencontres, celles qui construisent, demandent une sortie de soi pour aller vers l’autre, une qualité de présence et une disposition à se laisser déposséder de son « savoir », des idées reçues sur les personnes. L’autre a besoin que je l’accueille dans l’aujourd’hui de ce qu’il est, en étant prêt (e) à me laisser surprendre, dérouter, comme Nicodème qui a « laissé Jésus éclairer la nuit de son savoir » (Cf. Jean 3, 1-21).
Découvrir et reconnaître l’identité de l’autre peut aussi nous amener à nous reconnaître quelque peu en lui. Car nos interrogations sur les autres correspondent bien souvent aux questions que nous portons sur nous-mêmes. Comme Mère Marie-Eugénie et Mère Thérèse-Emmanuel, nous avons besoin d’un autre, d’un témoin, pour nous révéler à nous-mêmes, nous conduire à Dieu et aux autres.


La Parole de Dieu invite surtout à la relation, si indispensable à la rencontre. Une vie qui ne se nourrit pas de relations vraies, solides, profondes et durables, ne tient pas. Car comme le dit Ben Sira le Sage, "… De bonnes relations, tu peux en avoir avec beaucoup de monde ; mais des conseillers ? N’en choisis qu’un seul entre mille !... Un ami fidèle est un refuge assuré, celui qui le trouve a trouvé un trésor…" (cf. Ben Sira le Sage 6, 5-17). Telle fut la relation entre nos deux Mères.


Le Pape, lui, nous invite avec insistance à "la culture de la rencontre" qui consiste à aller à la rencontre du monde d’aujourd’hui, de nos frères et sœurs vers qui le Christ nous envoie. La relation avec les autres nous enrichit, comme la rencontre avec notre Créateur qui nous mène à la lumière et à la croissance dans notre humanité.

3- A la source de notre vocation, la rencontre


Notre Dieu même, le Dieu Trinité, est relation. En son Fils, il est venu à notre rencontre pour nous réconcilier avec Lui et nous mettre en lien les uns avec les autres. Et quand il nous envoie, c’est pour que nous vivions la fraternité. Mais pour rencontrer, il faut souvent chercher, se mettre en chemin, un chemin qui peut être, presque par surprise, celui de notre vocation. Dans l’Évangile, quand Jean-Baptiste indique Jésus comme l’Agneau de Dieu à André et son compagnon, ceux-ci se mettent immédiatement en route, à sa suite. Et, se retournant, Jésus leur demande : "Que cherchez-vous ?" (Jean 1, 38) Cette conversation a lieu sur un chemin. Elle inaugure la rencontre entre Jésus et ses premiers disciples, dans un contact personnel, début d’une relation qui les lie à jamais à leur Seigneur… et qui les lie ensemble autour de ce même Seigneur. Mais il leur a fallu choisir et re-choisir de le suivre de tout leur cœur, dans un engagement personnel et libre. Quand bien-même nous l’avons suivi grâce au témoignage ou à la parole d’une autre personne, un jour, le Christ nous remettra face à notre choix de le suivre : "Pour vous qui suis-je ?" (Mt 16,13) "Voulez-vous partir vous aussi ?" (cf. Jn 6, 60-69) Quand nous perdons confiance, le Pape François nous conseille de nous demander : "Mais de quand date ma rencontre avec Jésus-Christ, cette rencontre qui m’a rempli de joie ? Et revenir à cette rencontre, revenir à cette première Galilée de notre rencontre… Y retourner ! Rencontrer à nouveau le Seigneur et aller de l’avant sur ce chemin qui est si beau, sur lequel il faut qu’il grandisse et que nous diminuions." C’est là où nous pouvons nous ressourcer, nous remettre sur les rails et poursuivre la route avec lui.


Ainsi Jésus se laisse trouver, rencontrer, mais il nous invite à aller toujours plus loin : "allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti." (Marc 1, 29-39) Il nous envoie toujours à nouveau et ce mouvement vers l’autre est comme une expression de notre vocation. En même temps, il ouvre pour nous, par ses actes, une école de la rencontre.


En effet, Jésus a rencontré différents types de personnes, dans la société et le monde religieux de son temps : les pharisiens, qui se croyaient justes, et les publicains, qui se savaient pécheurs, des hommes et des femmes de toutes conditions, des malades et des bien-portants… Il les a tous accueillis sans exception, reconnaissant en eux les enfants du Père. Il s’est laissé affecter, bouleverser, émerveiller et façonner par toutes ces rencontres humaines. Il a vécu la compassion et manifesté la tendresse, il a su dire la parole qui convient à chaque situation. Il a su se mettre dans la peau de chacun(e) pour comprendre sa souffrance, sa quête, sa supplication, son désir… Dans la rencontre avec Lui à travers la Parole, nous pouvons apprendre aussi de lui la manière adéquate d’aller vers les autres dans la banalité de la vie comme dans les situations imprévisibles ou difficiles qui se présentent à nous. A travers tout, Il nous éduque pour la mission.

***


Notre vocation nous met en chemin vers d’autres. En allant à leur rencontre, nous apprenons à mieux nous connaître et à devenir réellement qui nous devons être. C’est ainsi que Dieu trace la route avec nous et nous conduit, comme il l’a fait pour deux Mères. Il les a unies pour toujours dans l’amitié qui a grandi entre elles au gré du quotidien et des événements significatifs de la vie de la Congrégation.


Chaque rencontre est une invitation à poursuivre le chemin avec l’autre. En Assomption Ensemble, nous faisons route dans la communion aux mêmes valeurs et à la même passion, transmises par nos Mères, de génération en génération. Nous nous enrichissons mutuellement et nous affermissons dans nos vocations spécifiques. La célébration du Bicentenaire est une belle opportunité pour aller plus loin dans l’approfondissement de notre héritage, à travers l’expérience des deux pionnières. 


Le CGP de Madrid sera l’occasion pour la Province d’Espagne de se retrouver en Assomption Ensemble et de célébrer le Bicentenaire en Province. C’est là que comme Conseil, nous fêterons le 10 mars avant de commencer nos travaux le 12 mars. Le même élan joyeux résonnera dans bien d’autres lieux. Que tous ces moments forts de famille et de nouvelles rencontres nous fortifient dans la foi et resserrent les liens de fraternité et de communion entre nous !


Puissions-nous garder au cœur la gratitude pour nos différentes vocations et notre appel commun à l’Assomption, y revenir sans cesse comme à une source, pour ne jamais perdre de vue celui qui est notre guide et notre lumière, celui qui donne fécondité à nos vies !


En communion avec le Conseil Général, je vous souhaite une heureuse fête et une joyeuse avancée vers la clôture du Jubilé de la naissance de Mère Marie-Eugénie et de Mère Thérèse-Emmanuel !


Avec ma fraternelle affection !
Paris, le 3 mars 2017


Sr Martine Tapsoba
Supérieure Générale



RELIGIEUSES DE L’ASSOMPTION
Maison généralice
17, rue de l’Assomption
75016 PARIS – France
www.assumpta.org

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