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10 mars 2016 : Lettre de Sr Martine, Supérieure générale, pour la fête de Ste Marie-Eugénie

Soeur Martine Tapsoba


« Si l’on vit plus en Dieu que dans soi-même, on trouvera toujours en lui une grande plénitude de joie et d’amour et des occasions de rendre grâces pour ainsi dire infinies. » [1]


Chers frères et sœurs,


C’est toujours avec un sentiment de bonheur et de gratitude que je vois arriver la fête de sainte Marie-Eugénie, notre Fondatrice.
Bonheur de savourer à travers elle la sainteté d’une vie toute offerte à Dieu, une vie qui a porté des fruits. D’une certaine façon, la fête du 10 mars nous rappelle notre vocation à la sainteté. Elle nous relie à l’Assomption du ciel, en particulier à tous les Martyrs, aux Fondateurs et Fondatrices de la grande famille Assomption.
Gratitude pour la grande foi et l’amour de cette femme qui s’est attachée au Seigneur dès l’instant où Il s’est révélé à elle de manière personnelle. La foi et l’amour ont été le socle de sa vie et la source de son audace confiante pour entreprendre la fondation de la Congrégation.
Notre reconnaissance pour le passé est encore plus palpable en cette avant-dernière année préparatoire au Bicentenaire de sa naissance et de celle de Mère Thérèse Emmanuel, alors que le dernier Conseil Général Plénier nous a encouragées à poursuivre résolument la traversée vers l’autre rive. Nous voulons avancer avec confiance, en nous appuyant sur la foi de nos ancêtres en Congrégation, puisant notre inspiration en elles et plus encore en Celui sur qui elles s’étaient ancrées pour avancer, Jésus-Christ.
L’histoire sainte de Marie-Eugénie nous appelle à la même expérience de remise totale de nos vies à la volonté du Seigneur, à la vérité avec nous-mêmes et à l’engagement persévérant pour lui rendre gloire par nos actes, même les plus petits. Car tout prend sens dès lors que nous habitons chaque moment de nos existences et le vivons de manière consciente.

Notre vocation comme un chemin…


Comme on peut le dire de toute notre vie, notre vocation baptismale est un pèlerinage. L’appel entendu une fois par chacun(e) se renouvelle. Il nous mobilise et nous entraîne dans un mouvement de sortie de nous-mêmes, pour vivre la relation, pour laisser résonner la voix de celui qui appelle. Telle fut l’expérience de tous nos Pères et Mères dans la Foi, depuis Abraham jusqu’aux Apôtres, dont nous continuons à suivre les pas, nous tous, disciples d’aujourd’hui, héritiers/héritières de sainte Marie Eugénie, marcheurs en quête d’un visage et d’un rivage.
La suite du Christ se vit avec d’autres ; elle nous conduit vers eux, nous offrant ainsi la chance de nous entraider et de nous soutenir dans nos vocations respectives et complémentaires, comme l’a expérimenté sainte Marie Eugénie. Elle a su percevoir le moment opportun du OUI à donner, qui a orienté et transformé sa vie. Une fois la décision prise de se dévouer à la mission qui lui était confiée, elle n’a plus reculé. Elle se l’était promis et l’avait promis à l’Abbé Combalot, après bien des résistances : "Notre Seigneur m’a donné un grand attrait pour votre œuvre, je supporterai volontiers beaucoup de choses pour m’y dévouer toute entière si elle se fait…" [2]
L’amour était l’horizon, la lumière et la force de sainte Marie Eugénie. Nous revenons sur ses pas chaque année pour faire mémoire d’elle afin de nous inspirer de sa force d’âme, de son engagement total, et surtout de sa foi en un avenir qu’elle était loin d’imaginer, une œuvre que nous avons la responsabilité de poursuivre aujourd’hui.

Un chemin vers soi…


Sainte Marie-Eugénie a compris sa vocation comme un chemin de conversion, elle a reçu cette grâce du retour sur elle-même décidé et décisif, qui est le commencement du chemin humain. Elle a su être attentive à la Parole de Dieu et écouter ses propres pensées, laissant émerger son plus profond désir d’être toute à Dieu. Cela explique son goût pour la relecture et son attachement à l’accompagnement spirituel. Elle a su également faire confiance en ses sœurs, et de manière spéciale à Mère Thérèse Emmanuel, dans une sorte d’accompagnement fraternel mutuel, chacune prenant soin de l’autre avec constance.
Ses écrits, signe de sa profondeur et d’une réelle écoute de Dieu, nous ont permis de retrouver son itinéraire spirituel, très marqué par un désir de sainteté que le Père d’Alzon a accompagné et encouragé. Marie-Eugénie nous a laissé l’exemple d’un chemin personnel parcouru avec honnêteté et désir de grandir dans la vérité de cet appel à la sainteté, reçu au quotidien. Il est impressionnant de voir tout le temps passé à écrire ses notes intimes, dans un programme déjà bien rempli par les exigences de sa responsabilité, les exercices spirituels et la formation qu’elle dispensait fidèlement à ses sœurs, à travers les instructions de Chapitres. Elle était très consciente de l’importance de poser des fondements solides en ces temps de fondation, même si elle ne se prenait pas trop au sérieux : "je ne suis pas fondatrice mais j’ai été la première pierre jetée là par la main de Dieu" [3]… "nous sommes toutes des pierres de fondation" [4]. Elle savait qu’elle devait ouvrir la route avec et pour d’autres.

Un chemin vers les autres…


Notre chemin de conversion, s’il nous tourne d’abord vers nous-mêmes, est aussi un mouvement vers les autres, une sortie vers eux pour un questionnement ou une confirmation, un affermissement de ce que nous sommes. Les fils de notre humanité s’entrecroisent dans la réponse à l’appel personnel que nous avons tous reçu : nous nous entraidons, nous nous soutenons les un(e)s les autres dans notre vie de foi et nos divers engagements. Car "si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur" [5] mais aussi par et pour les autres.
En route vers la célébration du Bicentenaire, il convient d’évoquer la grâce de l’amitié qui a réuni notre Mère Fondatrice et Mère Thérèse Emmanuel. Tout en se donnant pleinement à sa mission spécifique dans la communauté, celle-ci elle a été un appui indéfectible et une compagne de route pour Marie Eugénie. La rencontre de ces deux femmes les a enracinées dans une réelle affection mutuelle, empreinte de respect. Elles furent ainsi fortifiées dans l’aventure qui les avait unies. Leur compagnonnage amical et sororal, aux commencements de la Congrégation, est un bel exemple.
Malgré ou avec leurs différences, nos deux Mères ont été l’une pour l’autre un don, une révélation du visage de Dieu qui leur a permis de se révéler aussi l’une à l’autre comme elles étaient. Ensemble et avec toutes celles qui sont venues les rejoindre au long des années, elles ont posé les fondements de la Congrégation, mettant en commun leurs désirs et attraits, leurs intuitions et leurs talents, au service du projet de Dieu. 
Comme Marie-Eugénie et Thérèse Emmanuel, nous pouvons grandir dans l’amour par la connaissance et le soutien mutuels en communauté, avec nos amis et avec toutes les personnes qui veulent faire route avec nous.

Une relecture du chemin…


Pour nous aider dans notre propre cheminement, peut-être pourrions-nous retenir l’aptitude de Marie-Eugénie pour la relecture, sa capacité de contempler ses expériences pour y discerner l’œuvre de Dieu. L’Église nous invite à la même disposition du cœur, durant la célébration de la nuit pascale que nous allons revivre bientôt, moment de mémoire historique solennel où nous réécoutons notre propre histoire, à travers celle d’Israël. C’est une manière de continuer la relecture reconnaissante de nos vies personnelles et communautaires. Henri J. M. Nouwen disait qu’"une vie sur laquelle on ne réfléchit pas n’en vaut pas la peine. Il est dans la nature de l’être humain de contempler sa vie, d’y penser et de l’évaluer…" [6]. La vérité du regard de Marie-Eugénie sur elle-même a été un facteur important pour sa croissance humaine et spirituelle. Sa capacité de vivre à partir de son grand désir du Règne du Christ et celui de porter en elle la ressemblance de Jésus la rendait capable d’oubli de soi, de don sans réserve, d’amour au-delà de ce qu’elle aurait cru possible.
Peut-être avons-nous besoin de revenir plus souvent à nous-mêmes, là où Dieu nous donne rendez-vous, afin de le rencontrer et de trouver notre vrai « moi » en Lui, dans le silence d’une écoute orante de nous-mêmes qui nous prépare à l’écoute attentive des autres.
La Parole de Dieu prend toute sa place dans une telle expérience, tant elle est éclairante, apaisante et tout aussi décapante. "Marie retenait toutes ces paroles et les méditait dans son cœur (Luc 2, 19) … Et Marie-Eugénie disait de l’Évangile qu’il faut le méditer en "pesant ses paroles comme on pèse de l’or, avec grand respect et grand zèle de s’y conformer" [7]. Nous pouvons demander par son intercession le courage de ce regard sur nos vies et la grâce d’assumer notre propre chemin de sainteté.

* * *


Cette année, la fête de sainte Marie-Eugénie nous permet de marquer une étape dans notre marche vers la célébration du Bicentenaire. Elle nous convie à l’action de grâce pour notre propre histoire sainte. C’est aussi l’occasion tout indiquée pour faire mémoire de personnes qui ont été témoins de notre vocation et des choix fondamentaux et courageux de nos vies. Nous pouvons leur redire notre gratitude, pour avoir été à l’origine de ces choix ou pour nous avoir confirmés et accompagnés.
Unissons aussi nos cœurs dans l’action de grâce pour la voie ouverte par Marie-Eugénie, pour ce que le charisme et la spiritualité de l’Assomption ont façonné et développé en nous, pour ce qu’ils ont fait de nous. À l’instar de Mère Marie-Eugénie, accueillons notre chemin personnel de conversion sous le regard miséricordieux de Dieu, en cette année où nous sommes appelés à nous exposer au soleil de sa tendresse afin d’en rayonner autour de nous.
Puisse la redécouverte et l’approfondissement du chemin spirituel de Mère Marie-Eugénie et Mère Thérèse Emmanuel éclairer notre propre expérience de foi avec ses joies, ses combats et ses lumières et nous stimuler à marcher sur les sillons ouverts par elles.
En cette deuxième année de préparation au Bicentenaire de leur naissance, donnons-nous les moyens de vivre une plus grande proximité avec l’une et l’autre.


En communion avec toute la communauté générale, je vous souhaite une heureuse fête !


Paris le 4 mars 2016


Sr Martine Tapsoba
Supérieure Générale



RELIGIEUSES DE L’ASSOMPTION
Maison généralice
17, rue de l’Assomption
75016 PARIS – France


10 mars 2016
Fête de sainte Marie-Eugénie


[1ME, Instruction de Chapitre, 13 août 1891,"Sur l’esprit de l’Assomption : louange, amour et
joie"

[2ME, Lettre à l’Abbé Combalot, n°3, 14 juillet 1837

[3Origines IV, p.68 de la version numérique

[4ME, Lettre à ThEm, n°325, 22 mars 1851

[5Rm 14,8

[6NOUWEN Henri J. M, Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ?, Ed. Gallimard, 2000, p.20

[7ME, Notes Intimes, n°206/01, 18 février 1848, Retraite



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