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 ::06 :: Sur les sommets

BRAISES

L’homme, qui est à l’image de Dieu, est capable de concevoir par son intelligence ce qui purement spirituel est de nature. Mais cette connaissance lui vient à travers les impressions sensibles qu’il reçoit du dehors. Même le contenu de la foi n’entre dans l’homme que par les sens (Ro 10,17) : Les sacrements nous apportent la grâce, mais sous une forme matérielle et sensible qui atteint tout d’abord notre corps.

Cependant il y a un sommet de l’âme où l’intelligence et la volonté peuvent se recueillir, échapper à cette action des sens, et se trouver seules sous l’action de l’Esprit de Dieu. Là, Dieu qui est esprit, trouve l’âme seule en quelque sorte. Parce que tout y est spirituel, il peut et veut s’y répandre, si nous nous y préparons par le recueillement, le renoncement et la pureté du coeur. Sa bonté est si grande que souvent même il révèle cette demeure spirituelle aux commençants, les invitant à s’y recueillir, à l’y chercher et à sortir ainsi de la vie des sens. Saint Ignace dit : “Le Créateur seul peut pénétrer sa créature, l’élever, la changer, l’embraser tout entière de son amour”. Quand donc, sans que rien du dehors l’ait provoquée, la consolation arrive de l’intérieur, quand l’âme se sent élevée vers Dieu, éclairée, dilatée, pénétrée de joie, de générosité, de foi, de pureté - quand la consolation vient ainsi du dedans, il y a tout lieu d’espérer que c’est l’auteur de tout bien qui répand ses dons, et que cette consolation vient de Dieu.

Il y a une vie d’oraison, une vie de fidélité à Dieu qui conduit à recevoir ces lumières. Dominant la vie des sens par la mortification, et habituellement unie à Dieu par l’amour, l’âme entre dans le sanctuaire où elle trouve son Dieu. C’est comme un sommet. Saint François de Sales l’appelle “la fine pointe de l’esprit”. Le démon n’y a point d’entrée. L’orgueil seul peut le souiller. Pour les âmes humbles et fidèles, c’est un lieu de refuge, où, malgré toutes les tentations, elles peuvent persévérer dans l’adoration et dans la conformité à toutes les volontés de Dieu.

Alors la lumière qui doit faire notre joie pour l’éternité, cette lumière qui est un rayon de la face de Dieu et qui un jour, nous l’espérons, envahira notre être, pour faire notre gloire et notre béatitude dans le ciel, cette lumière commence à luire au dedans de nous. Ainsi, le matin, aux premiers rayons de l’aurore, tout est encore dans la nuit. Les vallées demeurent dans l’obscurité tandis que déjà la lumière naissante vient dorer le sommet des montagnes, la “ fine pointe ” des flèches et des clochers. De même, dans notre âme, la lumière s’élève, au plus intime, et y fait régner la joie et le bonheur. Dieu est la seule béatitude de l’âme, non seulement dans l’autre monde, mais encore ici-bas. C’est un fait d’expérience.

Les gens à qui tout réussit peuvent donner l’impression de jouir de la béatitude, mais on voit plus tard que ce bonheur n’est ni solide, ni véritable, et que Dieu seul donne à l’âme la joie vraie, profonde et durable.

Il n’y a pas d’autres âmes heureuses, disait sainte Jeanne de Chantal, que celles qui ont laissé la lumière de Dieu, la vie de Dieu gouverner complètement leur volonté, et qui l’ont fait régner à l’intime d’elles-mêmes. Alors, Dieu, son amour et sa volonté leur deviennent une béatitude qui subsiste même dans la douleur.

Le plus grand exemple de cette béatitude profonde unie à une douleur immense est, après notre Seigneur durant sa Passion, la vierge Marie au pied de la croix. Dans cette douleur inégalée, Dieu était, au plus intime de Marie, une béatitude infinie, un principe de joie dans l’obéissance, dans le sacrifice et dans l’amour. Elle souffrait dans toutes les fibres de sa nature. Mais tout en elle aussi était uni à Dieu, soumis à Dieu. Cette parfaite union était un bonheur inouï, tellement caché cependant à la fine pointe de l’âme, que Marie était en même temps pleine de douleurs.

Voilà la vraie consolation. C’est en restant fidèle à Dieu que l’on obtient cette adhérence à lui que rien n’ébranle, et que l’on expérimente cette parole de saint Paul : “Qui pourra me séparer de la charité de Jésus Christ ? La tribulation ou les angoisses, la faim ou la nudité, la persécution ou le glaive… ? Non, je suis sûr que ni la mort, ni la vie, , ni aucune créature ne pourra me séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 8,35-39)”. Que Dieu nous donne cette vraie consolation, venue de lui et avant-goût de l’éternité bienheureuse. (D’après une instruction de chapitre du 30 janvier 1876).

Sainte Marie-Eugénie,
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption


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