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 ::06 :: Comme un arc-en-ciel

MARIE

Vous avez dû lire dans les homélies de saint Bernard, qu’en Marie les vertus les plus communes devenaient singulières et admirables, parce qu’elle les possédait au plus haut degré. Ainsi cette pureté parfaite, qui l’honore et la glorifie par-dessus tous ses autres privilèges, n’est en Marie que la réunion de toutes les vertus, comme l’arc-en-ciel est formé de la réunion de toutes les couleurs.

Pour nous, pauvres pécheurs, nous apportons en naissant le germe des sept péchés capitaux. En Marie, aucune semence, aucune trace de péché. Son Immaculée Conception l’avait préservée de tout germe mauvais. Par l’abondance des grâces qu’elle avait reçues de Dieu, et par sa parfaite fidélité, toutes ces vertus avaient pris en elle de merveilleux accroissements. Au lieu de l’orgueil, qui a perdu nos premiers parents, Marie avait l’humilité la plus parfaite. En elle aucune trace de vanité, d’amour-propre, de suffisance, d’entêtement. Aucune de ces attitudes par lesquelles nous affirmons notre moi.

Dans la sainte Vierge, il ne pouvait y avoir aucune manifestation du mal. Elue pour être la bien-aimée du Père, la mère du Fils, l’épouse du Saint-Esprit, et conçue sans péché, rien de souillé ne pouvait être en elle. De plus, elle avait cultivé les vertus ordinaires, développé l’humilité, et une pauvreté admirable dans tout ce que l’âme peut rechercher pour sa consolation, aussi bien que la pauvreté dans la vie courante.

Il était impossible qu’elle n’aime pas le lieu où l’ange lui était apparu, lui avait annoncé qu’elle serait la Mère de Dieu, où la seconde personne de la sainte Trinité, son Seigneur bien-aimé, cette fleur de grâce et de sainteté, s’était incarné dans son sein. Elle le quitte cependant pour aller se faire inscrire à Bethléem, où son enfant naîtra dans la pauvreté et la misère, sans un lieu où reposer sa tête, lui, le Fils de Dieu, qu’elle aimait par-dessus tout. Mais elle n’a d’attache qu’à la volonté de Dieu.

Plus tard, il plaît à notre Seigneur de vivre avec elle à Nazareth, quel sanctuaire, quel lieu de délices ! Quand il la quitte pour prêcher, elle le laisse partir. Quelquefois elle l’aperçoit. D’autres fois il la laisse derrière lui, pour se donner à des hommes sans délicatesse, sans générosité, jusqu’à ce que le Saint-Esprit les ait transformés. Judas était l’un d’eux ! Quel abandon complet de la part de la sainte Vierge !

Nous pouvons la suivre jusqu’à la croix. Nous la trouverons partout dans l’abandon parfait. Elle n’aurait pu y être, s’il n’y avait pas eu en elle l’humilité sur toute la ligne, la pauvreté sur toute la ligne, et une pureté qui non seulement éloigne tout ce qui est imparfait, mais qui se forme de toutes les vertus réunies.

Quelle charité brille en Marie, quelle patience ! Voyons-la au pied de la croix... Et quand son divin Fils a quitté la terre, comme est admirable sa longue patience à attendre le ciel où elle était appelée !

Dans l’action, Marie est encore un modèle. A Nazareth, la sainte Vierge travaille assidûment, sans que le travail interrompe sa prière. Plus tard, après l’Ascension de notre Seigneur, elle travaille pour l’Eglise naissante. Elle s’y donne avec dévouement. En tout la sainte Vierge suit la volonté de Dieu. Elle fait toujours ce qui lui est agréable, dans un détachement complet d’elle-même.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
Instruction de chapitre du 17 septembre 1886


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